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Daratt - saison sèche de Mahamat Saleh Haroun
Avec : Ali Bacha Barkai, Youssouf Djoro, Aziza Hisseine

La guerre des pères

Tout activité a cessé. Les villageois tendent fébrilement l’oreille, la radio annonce une nouvelle importante. Après de longues années de guerre civile, le gouvernement prononce une amnistie générale et engage le pays sur la voie de la réconciliation générale. Mais déjà les premières protestations se font entendre, sévèrement réprimées : le héros Mahamat Saleh Haroun arpente une ruelle jonchée de sandales abandonnées dans la précipitation.

Ce jeune homme, Atim n’a jamais connu son père assassiné avant sa naissance mais il sait qu’il doit le venger. Son grand père l’exhorte, lui tend l’arme familiale. Atim quitte ainsi son village et rejoint la ville où il retrouve la trace du meurtrier de son père, Nassara. Difficile d’imaginer que ce vieil homme brisé et à la voix cassée fut un assassin. Malade, solitaire malgré sa jeune épouse, Nassara se rend chaque jour à la mosquée et fabrique du pain et en bon musulman nourrit quelques orphelins des rues. Dans ces conditions, Atim hésite, incapable de le tuer sur le champ. Il attend son heure et décide de gagner sa confiance en devenant son apprenti…

Mahamat Saleh Haroun aborde frontalement la question de l’après guerre civile, problème crucial pour nombre d’états africains. Daratt complète ainsi la vision collective de La Nuit de la vérité pour s’intéresser au cas personnel d’Atim, une simple histoire de vengeance familiale sublimée par l’humanisme de la mise en scène. Dans un très beau décadrage, le cinéaste montre de longs instants Atim suivre de loin Nassara : les deux hommes réunis pour la première fois à l’écran ne se quitteront plus, c’est une question d’héritage.

Mais que transmettre ? La vengeance (hypothèse formulée par le grand père) ou l’art du pain ? Sans amour, il n’y a pas de bon pain, explique Nassara à son jeune disciple. Aussi Atim doute. A plusieurs reprises, il ne parvient pas tuer l’assassin de son père. Daratt se nourrit de ce fil tenu qui maintient le vieux Nassara en vie, promesse d’espoir, promesse d’un monde où les armes ne tueront plus personne.
J.H.D. 

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