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Amen de Costa Gavras
Avec : Ulrich Tukur, Matthieu Kassovitz, Michel Duchaussoy, Ion Caramitru, Ulrich Mühe
Savoir.

Lieutenant de la Waffen SS, Kurt Gernstein part en tournée à l’est pour promouvoir auprès des soldats allemands une machine de purification de l’eau. Il assiste alors à la mise en place des chambres à gaz et aux premiers massacres. En sa faculté d’expert des produits chimiques, les autorités lui propose de prendre en charge l’acheminement jusqu’au camps du gaz mortel le Zyklon B. Horrifié, Gernstein accepte néanmoins dans le but de dénoncer et de ralentir ces meurtres. Il se heurte alors à un mur de silence érigé par l’église allemande qui refuse de condamner ces pratiques criminelles. Le lieutenant rencontre alors un jeune jésuite qui décide d’user de ses relations au Vatican afin d’avertir le pape Pie XII…

Refuser.

Les films de Costa Gavras ont souvent décortiqué les mécaniques totalitaires du coup d’état militaire de Z au faux procès de L’aveu. Dans sa première partie, le film décrit surtout les rouages du régime nazi, perçu ici comme une entreprise criminelle de destruction massive de populations qu’elles soient juives ou « non productives » comme les handicapés mentaux. Pas de place pour une quelconque sensiblerie, la caméra de Costa Gavras accumule les petites phrases et les symboles forts, mais elle suggère habilement l’horreur et accentue le malaise en en montrant le moins possible comme dans la scène du container où les oeils se révulsent quand à travers l’œillet, ils assistent au premiers massacres. L’horreur et l’absurdité atteignent leur paroxysme avec les remarques du supérieur de Gernstein (« Nous sommes tous là par erreur ») et cette incroyable confrontation où un ancien ami de Gernstein, affecté au fret, le prend à parti parce qu’il est devenu un officier SS.

Agir.

Mais le film se focalise surtout autour de l’attitude du Vatican pendant la seconde guerre mondiale en se demandant s’il faut agir quand on sait. Contrairement à ce que laisse présager l’affiche, Amen rend compte au plus juste des faits historiques. Le film n’attaque pas le Pape, toujours trop distant ou trop proche de la caméra. L’église y est décrite avant tout par son anticommunisme ce qui reste bien plus plausible que d’y voir une institution foncièrement pro nazie et antisémite. A ce titre, il faut rappeler que les nazis comme beaucoup de totalitaires étaient avant tout antireligieux et voyaient d’un très mauvais œil le clergé allemand qui fut purgé. Le film attaque l’entité politique et non religieuse du Vatican pour ses atermoiements mais il lui rend quant même justice à travers ses tentatives désespérées pour sauver les juifs raflés à Rome. Le film fustige dans le même temps l’attentisme des alliés, ce qui soulève une autre question fondamentale. Finalement, que peut on faire une fois que l’on sait, a t on vraiment le pouvoir de faire changer les choses ?

A cette question, le film semble répondre par la négative même si l’itinéraire de Gernstein (remarquablement interprété par Tukur ) prouve que l’âme torturée de l’officier chrétien ne peut trouver de salut que dans la dénonciation des actes de barbarie. A partir de là, l’Histoire jugera.
J.H.D. 

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