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1974, une partie de campagne de Raymond Depardon
Avec :
Giscard, droit dans les yeux.

1974. Valérie Giscard d’Estaing se présente à l’élection présidentielle, sous l’étiquette des républicains indépendants, en rupture du parti gaulliste dominant (Jacques Chaban Delmas était alors premier ministre.). Raymond Depardon suit le candidat à chaque instant de cette campagne, de son annonce de candidature, au soir de son élection…

Ce documentaire, une commande du futur président, fut longtemps considéré comme un film maudit du fait de l’interdiction de diffusion instiguée par son commanditaire. (Nous y revenons plus loin…). En tout cas, le film illustre un glissement progressif du débat politique vers une bataille de personnes que l’indigence de la campagne actuelle ne fait que confirmer. Après mai 1968, le débat d’idées s’efface progressivement pour laisse place à plus de communication. Une seule fois, le fond du programme est vaguement abordé, suite à un déplaisant article dans le Figaro sur la position du candidat en matière de défense. Le film évacue donc toute question idéologique pour se concentrer sur les personnes. L’atout de Giscard réside ici bien plus dans sa jeunesse (48 ans) et ses deux filles (à la une d’un quotidien) que dans son expérience au poste de ministre des finances.

Pourquoi avoir interdit pendant presque trente ans ce curieux objet cinématographique ? Il ne faut pas espérer trouver dans le film une quelconque révélation à l’encontre d’un des protagonistes. En fait, c’est le rapport, l’intimité entretenue entre la caméra et son objet qui ont du déstabiliser Giscard. Si ce dernier se prête volontiers au jeu, il semble éprouver par moments des craintes, comme si un piège s’était refermé sur lui. La caméra de Raymond Depardon abolie la distance qui sépare l’homme public de l’homme privé. Le procédé atteint son apogée lors d’une séquence inimaginable au cours de laquelle le spectateur découvre un Giscard esseulé attendre impatiemment les résultats du second tour, ce qui constitue un puissant révélateur. Nul doute, dès lors que ces instantanés constituent un fascinant objet cinématographique.
J.H.D. 

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