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All or nothing de Mike Leigh
Avec : Timothy Spall, Lesley Manville, Marion Bailey, Alison Garland, James Corden
La famille retrouvée.

De loin, on croirait assister à un remake de Secrets et Mensonges, une histoire de famille décomposée avec en arrière plan, une peinture d’une Angleterre rongée par quinze ans de libéralisme sauvage. Mais le talent de Mike Leigh consiste à nous surprendre les spectateurs, à déjouer leurs attentes et surtout à ne pas raconter systématiquement la même histoire.

Dans son précédent film, le réalisateur de Naked s’intéressait au monde du spectacle à travers l’évocation des célèbres compositeurs d’opérettes, Gilbert et Sullivan (Topsy Turvy). Le cinéma de Mike Leigh aime les personnages originaux situés à la marge, les situations extrêmes que la mise en scène transcende. Ceux de All or nothing se démènent dans une triste banlieue londonienne, pratiquement à la marge du système britannique. Phil, un père de famille chauffeur de taxi, sa femme Penny caissière au supermarché du coin, leur fille Rachel employée dans un hospice, leur fils Rory, chômeur obèse et désoeuvré. A cette famille au bord de l’implosion, s’ajoute une galerie de personnages minés par la morosité ambiante, des parents alcooliques, d’autres adolescents désoeuvrés, une jeune femme tabassée par son copain…

Observateurs de ces déchirements, Mike Leigh signe une fois de plus un grand film. La mise en scène ne repose pas ici sur une démonstration politique, laissant les images parler d’elles mêmes. Epurée, elle retranscrit avec beaucoup de pudeur et de réalisme les états d’âmes des personnages, joués par des comédiens extraordinaires. Mais la grande force du film réside dans cette capacité à tirer chaque protagoniste de son désarroi par de magnifiques scènes où il peut pleinement échapper à sa condition. Il s’agit d’une ballade au bord de mer pour Phil, d’une soirée dans un karaoké pour Penny. Malgré l’adversité, les différents personnages se révèlent avec leurs plaies qu’ils apprendront à résorber ensemble. Au fond Mike Leigh reste un grand optimiste et à partir de douleurs, de non dits et d’amertume, All or nothing accouche d’une beauté et d’une tendresse sans commune mesure, le talent d’un portraitiste hors normes, en quelque sorte.
J.H.D. 

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