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Hero de Zhang Yimou
Avec : Jet Li, Maggie Cheung, Ziyi Zhang, Tony Leung Chiu Wai, Chen Daoming
Pauvreté narrative, radicalité esthétique

Un guerrier se rend à la cour du roi des Qin, qui cherche à unifier la Chine. Il prétend avoir donné la mort aux trois épéistes chargés d’assassiner le monarque. Ce dernier lui demande de raconter cette triple prouesse.

Le récit du guerrier Sans Nom (Jet Li) est constitué de tiroirs qui s’emboîtent, s’entrecroisent puis se contredisent face aux informations détenues par le roi des Qin. Cette structure narrative rappelle bien évidemment le grand classique qu’est Rashomon. Plusieurs versions s’affrontent et laissent planer le doute sur ce qui est réellement arrivé à Lame brisée (Tony Leung), Flocon de neige (Maggie Cheung), et Lune (Zhang Ziyi). Zhang Yimou a voulu faire « son » film de sabre, genre qui est à la Chine ce que le film sur le Vietnam est aux Etats-Unis. L’idée d’en faire un croisement avec le récit à tiroirs à la Kurosawa témoigne d’une réelle ambition de la part du cinéaste chinois mais elle se solde par un résultat en demi-teinte.

Malgré la meilleure volonté du monde, le spectateur lambda constate avec déception que l’idée de ce croisement, alléchante sur le papier, n’est pas si bonne une fois sur l’écran tant l’imbrication des histoires vire rapidement au système théorique rébarbatif. Les aventures de Sans Nom deviennent vite répétitives et Hero souffre inévitablement de la comparaison avec Tigre et dragon, certes moins beau, mais dont la narration quasi-linéaire le rendait accessible au plus grand nombre.

Beau, le mot est lâché, et Hero l’est incontestablement en dynamitant le genre par sa radicalité esthétique. Les scènes d’actions sont bluffantes de poésie visuelle, en témoignent la destruction de la bibliothèque bleue et le duel au dessus du lac. Chaque fragment de récit est dominé par une couleur : vert, bleu, rouge (aux sinophiles éclairés d’en trouver la signification qui, je l’admets, m’échappe). La stupéfaction est plus accrue encore lorsque l’on apprend que la splendide photo de Christopher Doyle, le chef opérateur attitré de Wong Kar-Waï, n’a pas été retouché numériquement ou si peu...

Cette beauté plastique inouïe confinant à l’abstraction est bien servie par les comédiens à commencer par Jet Li qui rattrape en un film tous les rôles de sa pitoyable carrière américaine. Cette brochette de stars chinoises apparaît rarement dans le même cadre, sans doute pour mettre en valeur la solitude des personnages. Cette même solitude est en opposition avec le dénouement où l’intérêt collectif prime sur la vengeance personnelle. Message tout à fait louable dans l’absolu mais qui, toutefois, ne peut empêcher de soulever quelques doutes dans ce film provenant d’un pays qui dissocie ouverture économique et respect des droits de l’homme. On est alors en droit de se demander s’il ne cache pas une propagande pro étatique...
J.F. 

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