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Hellboy de Guillermo del Toro
Avec : Ron Perlman, John Hurt, Selma Blair, Rupert Evans, Jeffrey Tambor

Hell of a hero !

1944, alors que les nazis sont en train de perdre la guerre, un corps expéditionnaire américain est envoyé en reconnaissance sur une petite île écossaise. Emmené par le professeur Trevor Broom, spécialiste en paranormal, les soldats américains découvrent l’impensable : Gregori Raspoutine - ex-conseiller du Tsar de Russie Nicolas II et surtout supposé mort depuis 28 ans - en train d’ouvrir un portail inter dimensionnel pour le compte du Troisième Reich afin de déclencher l’Apocalypse. Heureusement ce projet est mis en échec après un rude combat. Mais quelque chose est passé à travers le portail : une sorte de petit singe rouge doté de cornes et d’une énorme main droite en pierre, immédiatement pris en charge par le professeur Broom. Ainsi commence l’histoire du légendaire Hellboy, démon malgré lui et chasseur de monstres employé par le Bureau de Recherche et de Défense Paranormales…

Il y a une dizaine d’années de cela, naissait de l’imagination de Mike Mignola un comic book hero pour le moins atypique : né démon mais élevé dans la haine de ses origines, Hellboy n’aspire à rien d’autre qu’une vie normale. A la différence d’un Peter Parker ou d'un Bruce Wayne, Hellboy n’a pas de mission ou de sacerdoce. Traquer et détruire monstres ou autres puissances occultes, c’est son boulot comme il le dit souvent. Hellboy est la difficile cohabitation d’un esprit humain avec ses rêves, ses doutes, ses envies et surtout un cynisme et un humour à toute épreuve avec une enveloppe physique de colosse rouge vif de près de deux mètres d’une force herculéenne. Mais Hellboy n’aurait pas été une réussite aussi importante dans le domaine de la BD sans le visuel de Mike Mignola. Digne héritier de Frank Miller et d’Alan Moore (ils ont d’ailleurs tous les trois travaillé sur des aventures de Batman), sa touche expressionniste consiste plus à décorer du noir avec des lignes simples et épurées qu’à noircir du papier de façon photoréaliste. (voire anatomique à en juger les dernières publications Marvel)

Grand admirateur de la BD, Guillermo del Toro avait à cœur de porter à l’écran les aventures de ce héros pas comme les autres, allant jusqu’à déclarer que Blade II, son précédent film, serait “le brouillon d’Hellboy”… au risque de créer un malentendu. En réalisant le second volet du vampire noir, del Toro réussissait à donner une suite correcte à l’insupportable premier épisode signé Stephen Norrington. Correcte dans le sens où, de temps à autre, son talent pour poser une ambiance onirique éclatait dans un fatras de castagnes qui tenait pendant deux heures le pari d’une surenchère permanente. Certes Blade et Hellboy ont une figure paternelle imposante, certes ils combattent ce qu’ils sont, mais la comparaison s’arrête là. Quand Blade a besoin de détruire tout ce qui bouge pour exister (en lui donnant les traits de Wesley Snipes, il ne pouvait en être autrement), Hellboy et son sale caractère sont en spectacle en eux-mêmes et del Toro l’a parfaitement compris en se battant pour imposer envers et contre tout Ron Perlman dans le rôle-titre. Dissimulé sous un incroyable maquillage, l’acteur est un Hellboy idéal. Rien que pour lui, le film mérite le déplacement mais heureusement del Toro n’est pas en reste.

En effet, en ouvrant le film par la question existentielle du professeur Broom “Qu’est ce qui fait un homme ?”, del Toro insuffle à son récit une dimension épique qui ne retombera jamais par la suite. Car à côté des vannes qu’Hellboy et Abe Sapiens, “son collègue” amphibien/médium n’arrêtent pas de se lancer, il a eu la bonne idée de développer un thème jusqu’à présent plus discret dans la BD : l’amour filial en donnant plus de profondeur au professeur Broom (magnifique John Hurt) et l’amour avec un grand A en explicitant le lien qui unit Hellboy à Elizabeth Sherman, la pyrokinésique. Un choix aventureux car les risques de basculer dans le ridicule sont alors multipliés mais del Toro s’en sort intelligemment en adoptant une structure scénaristique qui n’est pas sans rappeler la Belle et la Bête, voire Cyrano de Bergerac. Cette histoire d’amour impossible est d’autant plus intéressante qu’elle apporte une noirceur inattendue entre le mal-être de Liz (parfaitement retranscrit par la fragile Selma Blair) et les maladresses sentimentales d’un bourru écarlate au grand cœur. Cette attendrissante mélancolie témoigne d’une richesse thématique trop rare dans ce genre de films, au diapason avec la mise en scène.

Le réalisateur mexicain a effectivement eu la présence d’esprit de ne pas tomber dans le piège de la surenchère. En fait, sa réalisation va à l’encontre des standards actuels hollywoodiens en limitant par exemple l’usage de doubles numériques ou en ne mettant qu’un plan, là où David Fincher ou Oliver Stone en auraient mis quatre. Il prend des risques en privilégiant les personnages et les dialogues avec une mise en scène aussi discrète qu’intelligente. Mais la vraie réussite réside dans la composition du cadre. Là un compromis idéal entre le septième et le neuvième art s’installe : presque chaque plan est un tableau vivant à mi-chemin entre la patte singulière de del Toro et le respect de l’esthétique de Mignola. (cf. le musée et le cimetière moscovite)Evidemment les fans d’action brute risquent de rester sur leur faim et, par conséquent, de préférer Spider-Man 2. Ils n’ont pas tort. Le film de Sam Raimi regorge de scènes véritablement ébouriffantes mais pèche parfois par excès de mièvrerie. Hellboy est plus impressionnant visuellement et surtout plus homogène. Il devient donc le meilleur film en son genre depuis Batman Returns.
J.F. 

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