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Les Poupées russes de Cédric Klapisch
Avec : Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France, Kelly Reilly

Paris – Londres – Saint-Pétersbourg avec un sale petit con

L’action des Poupées russes se déroule cinq ans après L’auberge espagnole. Xavier est devenu un écrivain raté, contraint d’écrire des articles, des scénarios de bluettes Harlequin pour le petit écran et de faire le nègre. Côté cœur, Xavier collectionne les aventures sans lendemain, s’occupe de sa petite vie en bon égocentrique. Pourtant, l’approche de la trentaine lui fait ressentir le besoin de s’installer. Xavier se lance plus ou moins consciemment dans une quête ridicule de la femme idéale en se demandant quelle sera la bonne chaussure à son pied, la dernière poupée russe d’une longue série.

L’auberge espagnole était une chronique intimiste non dénuée de défauts mais l’énergique bande de potes de Barcelone faisait pratiquement tout passer comme une lettre à la poste. Klapisch signait alors une comédie attachante et sans prétentions, racontant essentiellement “la vie en vrac” d’une colocation. Les poupées russes resserre son récit sur Xavier et propose par l’écriture/voix-off de ce dernier de remettre “de l’ordre dans le vrac de la vie”. Pourquoi pas ?

Malheureusement, on déchante très vite à tel point que Les poupées russes se résume par ce qui suit : ce qui était drôle à vingt-cinq ans est tout simplement affligeant à trente ans. Xavier pouvait encore faire illusion dans L’auberge… pour la simple raison qu’il n’était pas sur son territoire. Les premières minutes des Poupées… donnent le la à travers cette manière presque vertigineuse de ne rien raconter. On suit le quotidien de Xavier à Paris qui s’apparente peu à peu à une apologie du nombrilisme assez saisissante quand ce dernier interroge pour les besoins d’une pige un ouvrier qui taille des platanes, le toisant de son regard méprisant de parisien des beaux quartiers. D’ailleurs Xavier méprise à peu près tout ce qui bouge : son voisin, les femmes, son grand père. Résultat, Klapisch tombe dans le piège qu’il avait jusque là évité : les clichés deviennent d’authentiques caricatures de la bobo attitude (boîtes branchées, destinations cool, Audrey Tautou en révolutionnaire d'opérette de retour de Porto Alegre).

Sur le plan de la mise en scène, Klapisch est un peu trop sûr de ses effets en renforçant de manière trop systématique le décalage de la voix/off du roman en train de s’écrire et sa vie (Xavier/Romain Duris tape sur son portable dans les toilettes de l’Eurostar). D’abord la voix/off est affreusement mal écrite : c’est un véritable terreau à lapalissades. Klapisch essaie de nous faire accepter le postulat de psychologie de comptoir selon lequel son héros trouve refuge dans les lettres afin de trouver –sans succès– une régulation à son grand désordre. C’est le côté très agaçant de Klapisch qui, en capteur malin de l’air du temps qu’il est, fait preuve de roublardise en adoptant le mode “Je t’ai bien calculé, ami trentenaire égaré dans les méandres de l’incertitude !” Alors il capitalise “les moments supra cons mais hyper importants” que l’on a tous connus comme cet enlacement de mains, ces premiers regards, ces baffes que l’on prend pour mieux tenter de légitimer ensuite le comportement impardonnable d’un salopard qui recherche l’être cher comme le jambon de Bayonne dans une supérette (voir ce moment de poésie du pauvre où Xavier commente les ondulations de la mini-jupe d’un mannequin pendant trois bonnes minutes).

Les poupées russes est préservé in extremis du statut de navet par Kelly Reilly et Kevin Bishop qui apportent un bon bol d’air. Reste à saluer le talent de Klapisch le manipulateur, notamment dans ses choix musicaux (Mysteries de Beth Gibbons pour une déclaration d’amour, imparable !), qui devrait attirer les foules avec sa réflexion prétentieuse et grossière sur le sens de la vie… en attendant le prochain volet des aventures de Xavier ? L’omelette norvégienne ? Les capotes anglaises ?
J.F. 

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