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The Island de Michael Bay
Avec : Ewan McGregor, Scarlett Johansson, Djimon Hounsou, Sean Bean, Steve Buscemi, Micheal Clarke Duncan

Quand Michael Bay met de l’eau dans sa piquette, ça ne donne toujours pas du bon cinéma. Mais on a moins mal à la tête.

Révélé par Bad Boys il y a dix ans, Michael Bay a toujours été un cinéaste qui divise. Les admirateurs de ce prodige de la pub et du clip n’ont eu de cesse de célébrer sa manière décomplexée de réaliser des films d’actions à la fois nerveux et ambitieux par leur traitement graphique quand ses détracteurs méprisaient ouvertement chez lui une glorification de la beauferie crasse, une tendance au montage stroboscopique ainsi qu’une propension à faire exploser n’importe quoi, n’importe quand dans le champ de sa caméra instable. Position assez étrange pour Michael Bay vu à la fois par certains comme un auteur (le “m’as-tu-vu” de sa mise en scène est unique et immédiatement reconnaissable), par d’autres comme le meilleur employé du mois chez Jerry Bruckheimer (cinq cartons signés chez l’industriel du nanar patriotique) et le chef de file d’un cinéma d’action assommant au point de dégainer l’aspirine au générique de fin (Bad Boys II, son dernier en date atteignait la magnitude neuf sur l’échelle d’Aspro).

La mise en chantier de The Island, son premier film à ne pas être produit par Bruckheimer, était censée marquer son passage à la maturité façon “z’allez voir ce que vous allez voir !” Et il faut bien admettre que ce scénario d’anticipation représentait un atout non négligeable. Exploitant la crainte d’une dérive majeure de la science moderne (que l’on taira afin de ne pas gâcher la surprise), The Island - l’île en français - est une couleuvre que l’on fait avaler aux habitants d’une immense colonie souterraine, surveillés en permanence et soumis à des codes très stricts (contrôle de la santé physique et mentale, des rapports humains). Sur notre planète complètement dévastée des suites d’une catastrophe écologique, “l’île” serait le dernier territoire vierge, un jardin d’Eden où les habitants seraient transférés au compte-gouttes afin d’assurer la pérennité de notre espèce. Seulement, dans toute bonne société totalitaire se trouve un grain de sable, Lincoln Six-Echo ici. Le jeune homme commence à se poser de sérieuses questions et à contester les restrictions faites à sa liberté. Sa curiosité va le pousser à enfreindre le règlement pour mieux découvrir une effroyable vérité.

A la manière de Matrix, The Island brasse et recycle assez habilement une pléthore de références S.F. (les plus évidentes étant THX 1138, Gattaca et Blade Runner). Si elle n’apporte strictement rien de novateur, l’anticipation concoctée par Caspian Tredwell-Owen est suffisamment bien construite pour se laisser regarder sans rechigner… au début tout du moins. Divisé en deux parties, The Island surprend par la quasi sobriété de son exposition. On a du mal à y croire mais Michael Bay se mettrait presque en danger à réaliser des séquences avec des mouvements de caméras amples, des champs/contre-champs d’une stupéfiante normalité, jusqu’à l’impensable: laisser des plans de plus de dix secondes ! On ne peut aller jusqu’à affirmer que Michael Bay est sous l’influence de Tarkovski, mais il parvient par son inattendue pondération à restituer - pour paraphraser Orwell - que “certains humains sont plus humains que d’autres.”

Malheureusement, la modération selon Bay, ça va bien une heure. Le deuxième acte – la cavale de Lincoln Six-Echo (Ewan McGregor) et Jordan Two-Delta (Scarlett Johansson) – démontre que le pire du cinéaste est toujours là. La facette “Mr. Hyde” de Michael Bay reprend pleinement ses droits dès que l’action s’emballe. Le kitsch revient au grand galop avec l’entrée en scène du mercenaire burkinabé, chargé d’éliminer coûte que coûte les deux fugitifs. A partir de ce moment précis, les contre-plongées en mouvement, les ralentis superbement ridicules sur le mercenaire musculeux prolifèrent comme une épidémie et ne débouchent que sur une irrépressible envie de rire. Ces morceaux de bravoure achèvent de basculer The Island vers la boursouflure visuelle: les poursuites homériques sur terre comme au ciel, les déluges de feu, de verre et de châssis de train sont massacrés par le montage et les prises de vues illisibles (contrairement aux placements de produits qui, eux, sont bien visibles !) et laisse poindre le pincement d’arête nasale annonciateur d’une cure d’anti-douleur.

Cette surenchère tapageuse ne permet pas vraiment à la direction d’acteurs de briller : Steve Buscemi et Sean Bean s’en tirent à bon compte mais l’alchimie censée se produire entre Ewan McGregor et Scarlett Johansson est aux abonnés absents. A leur décharge, on pourra toujours argumenter que, premièrement, la fadeur de l’acteur écossais vaut toujours mieux que l’insupportable cabotinage de Martin Lawrence et Will Smith dans les Bad Boys, et que, deuxièmement, la beauté mystérieusement envoûtante de la révélation de Lost in Translation a beau être ce qu’elle est, elle résiste difficilement à la maigreur d’un rôle consistant à courir et hurler au moindre danger.

Sur ce point, The Island rappelle le médiocre Paycheck de John Woo où (hasard du calendrier) Uma Thurman faisait la potiche entre les deux volets de Kill Bill. Les similitudes entre les deux films sont manifestes. Pourtant The Island fait mieux pour la simple raison que John Woo a déjà offert aux spectateurs des films parfaitement maîtrisés comme A toute épreuve, The Killer et Volte/Face quand Michael Bay ne lui a donné, jusqu’à présent, que la migraine. Ainsi The Island est un semi échec artistique mais il témoigne dans le même temps d’une certaine bienveillance: parce qu’en signant son film le plus supportable depuis Rock, Michael Bay nous a préservés de la surmédication au paracétamol. Et c’est déjà pas si mal !
J.F. 

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