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L'Intuitionniste de Colson Whitehead, Gallimard
 
In(tro)spection

Que peut on encore écrire sur l’Amérique, ses métropoles gigantesques, ses luttes d’influence, et ses minorités ? Plus grandchose, tant ces sujets ont servi de point de départ à de multiples récits ou réflexions sur une civilisation en quête d’identité. Héritier d’une certaine tradition du roman américain, Colson Whitehead surprend dès son premier roman, une relecture intelligente, des mythes fondateurs de l’Amérique moderne, sur fond de thriller politico-philosophique.

Première diplômée de couleur de l’Institut pour le Transport Vertical, Lila Mae Watson a rejoint la Guilde, le puissant service municipal de l’inspection des ascenseurs où elle a acquis une solide réputation. Lila Mae ne se trompe en effet jamais, et ce même si elle n’examine pas dans le détail les appareils. Un seul contact, lui suffit, car la jeune femme applique en effet la doctrine des Intuitionnistes, basée sur la recherches des flux entre l’homme et la machine. Mais un ascenseur s’écrase et avec lui s’envolent les certitudes de Lila Mae. Accusée de faute grave, elle se retrouve bientôt mêlée aux luttes d’influences que se livrent les Intuitionistes et leurs vieux rivaux Empiristes, partisans d’une approche beaucoup plus classique et technique des machines.

Sur fonds d’élections syndicales, Lila Mae découvre bientôt l’existence d’un complot destiné à maintenir la mainmise empirique sur la Guilde. Ses recherches la mènent également sur les traces d’une mystérieuse boîte noire conçue par un certain James Fulton, une invention susceptible de révolutionner le transport vertical et que les empiristes cherchent à récupérer par tous les moyens…

Colson Whitehead aborde ici tout une multitude sujets dérangeants, de la corruption ambiante au racisme qui gangrène l’Amérique. Pour ce dernier point, le romancier livre une réflexion pertinente par le biais du personage de Pompey, cet autre inspecteur de couleur du service. Il joue au blanc, sourit à leurs blagues racistes avant de s’opposer à Lila Mae. Colson Whitehead évoque alors la perte d’identité, le brouillage des frontières entre légalité et illégalité, réalité et fiction jusque dans les théories de Fulton.

Sa théorie de la boîte noire, ascenseur parfait suscepible de dépasser les limites du transport vertical, trouve une résonnance particulière dans les récents travaux des astrophysiciens sur l’origine et l’expansion de l’univers. Fête de l’imagination, elle fait planer sur l’Intuitioniste une puissance visionnaire rare, nourrie par toute une tradition populaire, des films noirs au fantastique à travers le questionnement sur l’âme des machines. Des débuts prometteurs pour un auteur à suivre de près.

Editions Gallimard (Du monde entier), 352 pages, 20 euros


J.H.D. 

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