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Le noeud de vipères de François Mauriac, Le Livre de poche
 

Secrets de famille

Méticuleux, froid et enragé, le maître de Calèse prépare sa vengeance contre sa propre famille qu’il souhaite déshériter de son immense fortune. Sentant la fin proche, il rédige une lettre confession où il charge une nouvelle fois ses ennemis tout en laissant parler son cœur meurtri…

Car tout part d’un malentendu. Louis épouse Isabelle Fondaugère par amour avant de s’apercevoir que c’est sa fortune qui avait attiré la jeune femme. Ses certitudes s’écroulent : L’amour que j’éprouvais se confondait avec celui que j’inspirais. Dévoré par la haine et l’avarice, il tient tête à sa femme et met en coupe réglée son entourage qui se traîne à ses pieds. La puissance de ce chef d’œuvre de François Mauriac tient justement à sa capacité à nous rendre ce personnage sympathique malgré ses vices et la médiocrité de ses proches.

Le romancier livre une étude psychologique d’une rare intensité, parvenant à rendre dans de nombreuses nuances, les états d’âmes de ce grand avocat d’assises. Les doutes assaillent le lecteur : ce personnage ne cherche-t-il pas à se justifier ? Sa lettre ne s’apparente-t-elle pas à un délire paranoïaque ?

Ses proches viennent justifier sa colère, trop occupés à défendre ce qu’ils appellent piteusement le droit sacré de la famille. Au passage, François Mauriac offre une description précise d’une époque marquée par l’affaire Dreyfus et une morale encore très rigide à l’image des réprimandes dont l’abbé Ardouin est l’objet. Entre le vieillard et le reste de la famille, la rupture semble consommée jusqu’au drame salvateur, offrant au héros un semblant de lucidité tragique, celui de se rendre compte qu’il a vécu prisonnier pendant toute sa vie d’une passion qui ne le possédait pas.

Il meurt seul, les rares personnes qui lui étaient chères parties trop tôt comme le petit Luc ou l’épouse honnie morte sans savoir qu’il n’étais pas seulement ce monstre, ce bourreau et qu’il existait un homme un autre homme en lui. Cet homme désespéré, François Mauriac lui offre une seconde chance quitte à le confronter à ses propres contradictions pour qu’il puisse enfin approcher cette vérité qu’il a cherché toute sa vie. Une œuvre magistrale.

Editions Le Livre de poche, 287 pages, 4.50 euros
J.H.D. 

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