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Une Exécution ordinaire de Marc Dugain, Gallimard
 

Au cœur du mensonge

Les hommes doivent accepter qu’à tout moment, sans raison précise, on puisse les ramener à cette forme absolue de modestie qu’est la mort. Cette phrase prononcée par Staline hante le dernier roman de Marc Dugain. Elle résume à elle seule l’arbitraire d’un terrible système politique dont les actuels dirigeants russes se proclament les héritiers…

Eté 2000. Un accident survenu à bord du sous-marin Koursk provoque la mort de tout l’équipage. Les médias du monde entier relaient l’information. La Russie peine à se remettre de 70 années de Communisme, les militaires paient un lourd tribut avec cet accident causé par un matériel hors d’usage et laissé à l’abandon. Le coup de génie de Marc Dugain consiste à dépasser ce lieu commun. La tragédie du Koursk n’est pas un banal accident mais constitue le prolongement d’un régime qui manipule et broie la population russe depuis des décennies.

Le livre retrace ainsi sur 3 générations le destin d’une famille russe, des grands parents harcelés par la police politique de Staline au petit fils sous-marinier russe. Marc Dugain évoque également l’histoire de la ruine du pays. Le petit Père des peuples fait ainsi une apparition remarquée. Il tente de justifier par quelques explications rationnels la terreur qu’il exerce, de nier son antisémitisme virulent, autant d’éléments qui témoignent d’un mépris total envers les individus. En filigrane, le livre de Marc Dugain dresse un constat implacable, le récit de l’ascension d’un certain Plotov, petit fils du cuisinier de Staline devenu chef des services secrets puis président de la Russie.

Une exécution ordinaire donne une vision quasi-désespérée du pays, brisé par la version la plus brutale du capitalisme. Marc Dugain donne corps à ces luttes de pouvoirs intestines entre oligarques et proches du pouvoir dans le seul but de s’emparer des fleurons de l’industrie russe. Au milieu du chaos, les russes se démènent comme ils peuvent entre mépris des autorités, corruption et incompétence généralisés. La description remarquable et très réaliste du naufrage n’efface pas la solidarité de ces marins qui avaient choisi la mer comme le remède à toutes les déceptions de la terre. Mais là encore, pour ne pas perdre la face, le gouvernement impose sa silence, sa vérité officielle comme au temps de Staline. Ces hommes devaient mourir pour que le doute puisse continuer à bénéficier au pouvoir, pour que la vérité ne puisse jamais lui être jetée à la face. (…) Le contraire aurait été à lui seul une révolution et dans ce pays, nous n’en avons jamais eu. Un roman magistral.

Editions Gallimard, 349 pages, 19.90 euros
J.H.D. 

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