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Emmanuel Carrère, dans l'antre de la folie de J.H.D.
 

Journaliste, collaborateur de Telerama et de Positif, Emmanuel Carrère a commencé par écrire sur le cinéma. Son premier livre, Werner Herzog analyse le travail de ce grand cinéaste allemand. Depuis l’auteur de La Moustache ou plus récemment d’Un roman russe construit une œuvre singulière qui n’a jamais cessé de cerner les peurs indicibles de tout individu pris dans la nasse d’une société moderne mais désincarnée.

Les personnages imaginés par Emmanuel Carrère se posent souvent des questions jusqu’à l’obsession transcendée par l’écriture du romancier. Que voit un homme dans le miroir quand il se rase chaque matin ? La Moustache déforme, étire à l’infini un simple moment de doute où les certitudes les plus évidentes vacillent avec fracas. La peur du vide se conjugue d’ailleurs souvent à l’enfermement. Le narrateur de La Moustache redoute que sa femme le quitte mais en même temps il étouffe à ses côtés. De même si Jean Claude Romand ment à ses proches, c’est pour conserver un semblant de vernis social, une existence bourgeoise confortable mais paradoxalement étouffante puisqu’elle l’amène à toujours mentir un peu plus et le pousse dans les bras de Corinne, idylle vécue plus comme une respiration bienvenue que comme un moment d’égarement.

Des peurs de l’enfance (La Classe de neige) à la fin de l’amour (La Moustache) en passant par la folie du jeu (Hors d’atteinte), les livres de Emmanuel Carrère racontent souvent l’histoire de personnages sans repères et souvent solitaires. Le hongrois prisonnier des russes à l’origine du film Retour à Kotelnitch en est le prolongement naturel. Mais depuis L’Adversaire, la folie semble s’être déplacée de la fiction vers la réalité. Ce livre raconte une histoire épouvantable, le meurtre de toute sa famille par un homme traqué par des ennemis imaginaires. En se rendant au procès, en rencontrant Jean Claude Romand, Emmanuel Carrère s’expose et devient un personnage de son œuvre comme tout cinéaste qui passerait devant la caméra.

Un roman russe poursuit l’expérience sur un mode encore plus autobiographique. Emmanuel Carrère revient au journalisme de ses débuts et d’une certaine manière livre le portrait de l’écrivain au travail. Surtout, il retrouve ici la Russie de sa mère et sa langue maternelle, manière de s’approcher de l’histoire de sa famille pour mieux s’en affranchir. Cette dernière histoire d’enfermement sera peut être l’histoire de ma libération. Non pas que l’écriture de Emmanuel Carrère tourne en rond, au contraire, reliant l’intime au public, la fiction au réel, elle impose le romancier comme l’un des plus brillants peintres de cette horreur post-moderne qui nous guette.

Repères biographiques :

1957 Naissance à Paris

1982 Werner Herzog (Edilig)

1986 La Moustache (POL)

1988 Hors d’atteinte (POL)

1995 La Classe de neige (POL, Prix Femina)

1998 Je suis vivant et vous êtes morts (Seuil)

2000 L’Adversaire (POL)

2004 Retour à Kotelnitch

2005 La Moustache au cinéma

2007 Un Roman russe (POL)

J.H.D. 

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