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Boris Vian, un coin de ciel bleu, un air de jazz de J.H.D.
 
Rien ne prédisposait Boris Vian à devenir l’une des figures marquantes de la littérature française d’après guerre. Né en 1920 à Ville d’Avray fils d’un rentier et d’une musicienne, le jeune Vian souffre d’un rhumatisme articulaire aigu qui mal soigné se transformera en insuffisance cardiaque chronique puis fatale. Ce handicap le l’empêche cependant pas de mener de brillantes études. Ingénieur, diplômé de l’Ecole Centrale, Boris Vian rejoint l’AFNOR en 1942.

C’est à partir de cette époque qu’il commence à écrire. Il fréquente Saint Germain des près et joue de la musique jazz dans les endroits à la mode. Il délaisse ainsi progressivement son métier d’ingénieur, quittant l’AFNOR en 1946 et publiant dès l’année suivante sous le pseudonyme de Vernon Sullivan son premier roman J’irai cracher sur vos tombes. Le roman fait scandale et s’attire les foudres de la censure en raison de son érotisme et de la violence d’une Amérique rongée par la ségrégation Jugé pour atteintes aux bonnes mœurs, le livre est retiré de la vente en 1950.

Entre temps, Vernon Sullivan publie d’autres romans qui permettent à Vian de publier des romans sous son propre nom. Mais l’ombre de Vernon Sullivan éclipse les romans signés Vian. Les classiques que sont devenus L’Ecume des jours, Trouble dans les Andains ou L’Arrache Cœur peinent à trouver leur public. Après l’échec de ce dernier roman, Vian abandonne la littérature. Il reste cependant une figure incontournable de la scène culturelle des années 50, chroniqueur de Jazz Hot jusqu’en 1958, directeur d’une boîte de nuit, membre du Collège de Pataphysique aux côtés de Raymond Queneau, ami de Sartre, Gréco, Miles Davis ou Henri Salvador. Les dernières années de sa vie sont marquées par le violent différend qui l’oppose aux producteurs du film tiré de J’irai cracher sur vos tombes. Vian désavoue l’adaptation et demande que son nom soit retiré du générique. Ironie du sort, il meurt en juin 1959 au cours de l’avant première du film.

Boris Vian laisse derrière lui une œuvre incomprise trop souvent réduite aux quatre romans signés Sullivan. Elle ne rencontrera son public qu’au cours des années 60 avec la réédition des romans signés sous son vrai nom. A partir de 1968, Vian devient une icône de la jeunesse pour laquelle il symbolise l’éternel adolescent. L’Ecume des jours et L’Arrache cœur deviennent des classiques. Le public découvre une écriture intemporelle et singulière où se mêlent invention verbale, jeux de mots farfelus et pure fantaisie. Vian réinvente la langue française et le monde. Ses romans se situent dans des pays imaginaires à la fois proches de nous et très différents avec leurs outrances (piano cocktail, église en forme d’œuf, foire aux vieux…) et ce temps qui s’écoule très lentement. Les journaux du pays de L’Arrache Cœur sont vieux de sept ans car les nouvelles mettent du temps à arriver !

Cette fantaisie masque le côté sombre de l’écriture d’un jeune auteur qui a connu la seconde guerre mondiale (l’usine d’armement dans L’Ecume des jours, la foire aux vieux de L’Arrache cœur), la maladie (le nénuphar qui ronge le cœur d’Alise dans L’Ecume des jours, l’évocation de ses propres problèmes de santé dans Je voudrais pas crever. A travers son expérience personnelle, Boris vian redéfinit le monde et ses limites. Les enfants de L’Arrache cœur apprennent ainsi à voler et à dépasser le cadre de vie étriqué imposé par leur mère tyrannique. Un coin de ciel bleu, un air de jazz voilà ce qu’il faut retenir de l’œuvre de cet écrivain anticonformiste, figure majeure de la littérature française du XXème siècle.

J.H.D. 

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