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Les Lumières du faubourg de Aki Kaurismäki
Avec : Janne Hyytiäinen, Maria Järvenhelmi, Maria Heiskanen, Ilkka Koivula, Joonas Tapola

Une lueur dans la nuit

On a souvent reproché à Aki Kaurismäki de refaire le même film et en effet on retrouve dans ces Lumières du faubourg les marques de son style inimitable, son sens du burlesque et son sens du détail si singuliers. Néanmoins, le cinéaste semble renoncer ici à une certaine fantaisie pour se confronter à une réalité brutale, celle d’une social-démocratie malade.

C’est la force de ce grand mélodrame interprété par des acteurs plus jeunes que d’ordinaire notamment Janne Hyytiäinen, sorte de sosie jeune de Kaurismäki, dans le rôle de Kostinen. Veilleur de nuit dans un vaste centre commercial de la banlieue de Helsinski, il nourrit de grands espoirs : monter sa propre société de gardiennage, séduire la femme qui lui plaît. Il ignore malheureusement que cette dernière le manipule et qu’elle se sert de lui pour commettre le vol d’une bijouterie. Accusé à tort du crime, Kostinen perd tout et se retrouve en prison mais il ne peut se résoudre à voir la réalité en face…

Le tableau que développe Kaurismäki ne souffre d’aucune ambiguïté : cette société gouvernée par l’argent ne respecte personne, surtout pas les rêveurs ou les idéalistes. Dans une scène clé du film, Kostinen proteste auprès de trois hommes qui ont abandonné depuis quelques jours leur chien sur la voie publique. Hors champ, il ne reçoit pour réponse qu’une pluie de coup tandis que la caméra fixe trois verres de bières à moitié vides. Se lit en quelques instants toute la détresse d’un monde sans avenir où seuls priment les rapports de force et où les mêmes injustices sont amenées à se répéter.

Mais nous ne sommes pas ici chez Lars van Trier et c’est sans complaisance que Aki Kaurismäki accompagne son héros dans sa longue déchéance avant de lui offrir une seconde chance. Paradoxalement, c’est en prison que Kostinen va briser sa solitude alors que l’ancien veilleur de nuit essuyait les moqueries de ces collègues. Sa libération n’a pourtant pas modifié sa perception du monde. Il essaie vainement de se venger et se retrouve une nouvelle fois passé à tabac et laissé pour mort, sauvé de justesse par Aila, la seule personne qui s’intéresse à lui et qu’il a ignorée jusqu’ici. A la vendeuse de saucisses qui lui demande de ne pas mourir, il répond enfin d’une voix assurée Je ne vais pas mourir. Refusant le drame, Aki Kaurismaki dessine pour la première fois une réelle perspective d’avenir à son héros, beau geste émouvant pour clore un grand film.
J.H.D. 

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