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Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro
Avec : Ivana Baquero, Sergi Lopez, Doug Jones, Ariadna Gil

Démons et merveilles

Loin des contes pour enfants Burtoniens, loin des super héros de ses précédents films, Guillermo del Toro met ici en image une histoire aussi belle que cruelle qu’il porte en lui depuis très longtemps. Il avait déjà failli réaliser ce Labyrinthe de Pan au début des années 90 avant de renoncer faute de moyens pour s’atteler à Cronos. Entre temps, il aura réalisé quelques blockbusters et un film L’Echine du Diable qui préfigure une œuvre baroque et bouleversante.

Dans l’Espagne franquiste des années 40, la jeune Ofelia accompagne sa mère qui rejoint son nouveau mari, le capitaine Vidal, un homme tyrannique chargé de traquer les républicains réfugiés dans une immense forêt. En se promenant près de la maison familiale, la jeune fille découvre un mystérieux labyrinthe, hanté par un faune Pan, créature mi homme, mi bête qui lui révèle son destin. Princesse d’un pays imaginaire, Ofelia doit surmonter trois terribles épreuves pour reconquérir son trône perdu…

La puissance du film tient évidemment à son aspect visuel époustouflant. A l’instar de Tim Burton, Guillermo del Toro possède un univers singulier, aux références multiples : contes de Grim, créatures infernales sorties d’un tableau de Jerome Bosch ou Goya, imaginaire débridé de Lewis Caroll. Le cinéaste reprend quelques motifs de ses précédents films : les insectes de Mimic, la violence terrifiante de Kroenen dont le capitaine Vidal reprend l’obsession du temps symbolisé par sa montre. Dans ce rôle difficile, Sergi Lopez trouve un équilibre remarquable, évitant de surjouer le méchant pour imposer un personnage terrifiant qui impose sa violence à ses proches, en particulier à Ofelia.

Sa mère enceinte, la jeune fille n’a pas d’autre échappatoire à la barbarie des hommes que de réfugier dans un univers imaginaire. Le contraste est saisissant. A l’exception de la scène du banquet, le monde fantasmé par Ofelia se révèle nettement moins brutal que celui des hommes. Il porte en lui un imaginaire sans limites par ailleurs vilipendé par les miliciens franquistes. Au-delà de la violence, le cinéaste décrit le fascisme pour ce qu’il représente : culte de l’obéissance, refus de toute spiritualité et nivellement des valeurs artistiques par le rejet de l’imagination auxquels s’opposent la puissance de l’imagerie fantastique scandée par chaque minute de ce beau film hanté où la féerie finit par triompher de la barbarie. Une victoire douloureuse mais précieuse.
J.H.D. 

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