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Les Climats de Nure Bilge Ceylan
Avec : Nure Bilge Ceylan, Ebru Ceylan, Nazan Kirilmis, Mehmet Eryilmaz

Quand meurt l’amour

Qu’observe cette jolie jeune femme, perdue au milieu d’un site archéologique ? Son mari ? Plutôt la ruine de son amour comme en témoigne les larmes qui coulent sur son visage. Tout est couru d’avance dans le dernier film de Nure Bilge Ceylan. Isa et Bahar ne s’aiment plus. Mais en digne héritier de Antonioni, le cinéaste turc joue avec la durée des plans pour faire ressortir à l’écran la détresse de ces deux personnages et leurs désirs inassouvis…

Comme Jean-Louis Godard dans Le Mépris, Nure Bilge Ceylan dilate quelques scènes ordinaires qui deviennent cruciales. Une simple remarque et un dîner avec des amis se termine par une dispute. Assoupie sur une plage, Bahar imagine son mari en train de l’ensevelir. Ce dernier répète à voix haute la déclaration de rupture sans s’apercevoir que son épouse entend tout.

Tout est affaire de distance. Malgré la proximité, ils n’ont jamais été aussi éloignés l’un de l’autre. Sur la plage, l’homme et la femme contemplent, chacun de son côté, la mer mais aussi la fin de la vie à deux. En écrasant toute perspective, la caméra souligne la distance invisible qui les sépare, une incapacité à se situer l’un par rapport à l’autre.

Plus tard reçu par Serap, Isa s’assoit maladroitement assez loin de la jeune femme. Il n’abolit cette distance que pour bondir sur sa victime dans un geste confus. Le viol n’est pas clairement établi tant l’étreinte paraît désordonnée, presque grotesque : chacun cherche à assouvir son plaisir.

Isa porte en lui une violence indicible, une incapacité à prendre sur lui même. Bahar a sûrement vécu une expérience similaire. Elle a sûrement compris que son mari ment quand il affirme qu’il n’a jamais revu Serap. Mais l’épouse ne veut plus se laisser abuser. Et le film de s’achever de nouveau sur les larmes de la jeune femme tandis que dans le ciel enneigé, un avion ramène à Istanbul cet homme qui ne changera jamais.
J.H.D. 

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