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Le Film Décrypté : L'Homme de la rue de Frank Capra
Avec : Gary Cooper, Barbara Stanwyck, Edward Arnold, Walter Brennan

Au nom des pères

Signe des temps, le puissant industriel D.B. Norton a racheté le célèbre quotidien The Bulletin. Le journal libre des esprits indépendants devient dès lors le journal sérieux d’une époque raisonnable. Ann Mitchell perd ainsi son poste de rédactrice car les gens veulent du sensationnel. Furieuse d’être licenciée, la journaliste rédige la lettre de suicide imaginaire d’un homme désespéré John Doe. Il se suicidera le soir de Noël pour protester contre le cynisme de ses concitoyens. Tout le pays retient son souffle, les ventes du Bulletin explosent. Réintégrée au sein du quotidien, Mitchell et son rédacteur en chef Cornell décident de maintenir le cap. Ils engagent un inconnu John Willoughby, ancien joueur de baseball déchu pour incarner John Doe. Il devient vite célèbre dans toute l’Amérique parce qu’il porte les aspirations au progrès social de nombreux citoyens sans réaliser que cette soudaine popularité aiguise des intérêts inavouables.

Frank Capra signe l’un de ses films les plus engagés et les plus ambitieux. Avec l’Homme de la rue, le cinéaste dénonce le cynisme de la classe politique américaine mais également l’égoïsme de ses concitoyens. Pourtant, John Doe rencontre un vif succès à travers les pays parce qu’il a menacé de se suicider. Cette situation extrême réveille une population écrasée par dix années de crise. L’Amérique de L’Homme de la rue a perdu ses idéaux et s’est éloigné de ses pères fondateurs, Washington ou Lincoln.

Tout n’est pourtant pas si simple. A l’époque, Franklin D. Roosevelt, président atteint de poliomyélite, gouverne l’Amérique depuis 1932 et a su redonner un peu d’espoir aux américains. En fait, Frank Capra dénonce le pouvoir grandissant des médias et la concentration des richesses entre les mains de quelques uns. D.B. Norton possède de nombreuses entreprises, son journal et également sa propre police. Manipulé, John Doe attire les foules et construit un mouvement politique que certains aimeraient récupérer pour accroître leur emprise sur le pays en imposant un nouveau populisme.

L’auteur de Mr. Smith au Sénat pousse le cynisme très loin. L’argent achète tout y compris Mitchell, et Norton essaie tout pour décrédibiliser John Doe. Mais le film reflète également la foi du cinéaste en l’homme et sa capacité à transcender les injustices. Ma faiblesse, c’est le drapeau, explique Cornell à John Doe. Le peuple a soif de liberté et ne se laissera pas aussi facilement manipuler. Gary Copper prête son regard triste et sa démarche maladroite à ce personnage dépassé par les événements, héros malgré lui de millions d’américains. Il se montre magnifique dans ce rôle de porte parole de sans voix que la presse qualifie volontiers de péquenots. Il perd d’ailleurs progressivement son identité passant de John Willinghby à John Doe dans lequel, une bouleversante Ann Mitchell croit reconnaître le souvenir d’un père mort trop tôt.

Finalement, tout est affaire de père ici, de père fondateur oublié, de père naturel disparu et John Doe remplace ce vide. Les gens vous écouteront car ils écoutaient mon père explique Ann Mitchell à un John Doe hésitant. Bientôt porté par une foule enthousiaste, l’homme de la rue ne craint personne, pas même la mort parce qu’il porte en lui une vérité que nul ne peut acheter.
J.H.D. 

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