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Belle Toujours de Manoel de Oliveira
Avec : Michel Piccoli, Bulle Ogier, Ricardo Trepa, Leonor Baldaque

Dernière danse

Malgré les années, Belle de Jour de Buñuel fascine toujours la mémoire des cinéphiles. Comme Séverine, incarnée par Catherine Deneuve, nous aimerions savoir si Husson a révélé le secret de l’épouse infidèle au mari trompé. Par une pirouette diabolique, Luis Buñuel laissait la question sans réponse, renvoyant les spectateurs aux fantasmes de Séverine par le simple bruit d’un grelot…

Si Manoel de Oliveira prolonge Belle de Jour, ce n’est pourtant pas pour donner la réponse mais pour dialoguer avec Buñuel. Belle Toujours orchestre donc les retrouvailles de Husson et Séverine. Il n’a pas changé et garde toujours le même sourire coquin. Il reconnaît son amie un soir, parmi le public venu assister à un concert parisien. Il veut la revoir, l’a poursuit de ses assiduités mais elle se dérobe devant cet homme qui symbolise sa vie passée dissolue.

Les retrouvailles virent donc à la farce dans un style qui rappelle le burlesque américain des années 30. Séverine et Husson s’évitent comme dans un film de Charlie Chaplin mais finissent par se retrouver le temps d’un dîner. Elle ne peut oublier la scène traumatique de Belle de Jour. Comme les spectateurs, elle veut connaître la vérité, ce à quoi Husson répond par un cadeau, la célèbre boîte à musique du client asiatique du film de Buñuel.

Au soir de sa vie, Manoel de Oliveira, bientôt centenaire, filme malicieusement les retrouvailles des héros Buñueliens. Prête à affronter le regard de Husson, Séverine a changé, d’ailleurs Bulle Ogier reprend le rôle de Catherine Deneuve pour mieux le souligner. Mais cela n’a plus d’importance. Les deux personnages ont leur vie derrière eux et se débattent avec des souvenirs chimériques. Belle ne séduit plus, Husson ne couche plus, il boit.

Manoel de Oliveira observe un Paris de carte postale qui n’existe plus mais dont la vision va de pair avec la déchéance programmée de ses héros. Ils vivent leurs dernières années et veulent encore s’amuser un petit peu même si la femme tant désirée par Husson n’est plus. La fin des illusions en quelque sorte pour les personnages mais pas pour les spectateurs ravis par ce film délicieux.
J.H.D. 

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