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Boulevard de la mort - un film Grindhouse de Quentin Tarantino
Avec : Kurt Russell, Rosario Dawson, Rose McGowan, Zoe Bell

Repenser le cinéma de genre

L’œuvre de Quentin Tarantino s’est forgée en quelques films pour autant d’hommages au cinéma de genre qui a bercé l’auteur de Pulp Fiction. Revers de la médaille, ses détracteurs lui reprochent à juste titre de se contenter de citer ses références sans jamais réinventer les genres qu’il aborde. Etrange paradoxe, il signe avec Boulevard de la mort, film où l’hommage est le plus évident, l’un de ses projets les plus aboutis.

Le concept Grindhouse remet au goût du jour d’improbables séries B voire Z, petits films d’horreur ou d’action diffusés par le cinéma d’exploitation des années 70 avec fausses bandes annonces et avertissements d’usage. Quentin Tarantino suit le parcours sanglant d’un ancien casacadeur Stuntman Mike reconverti dans le meurtre de jeunes femmes. Son sourire dissimule un tueur fou armé d’une voiture à l’épreuve de la mort. Tout au long de son périple, Stuntman Mike multiplie les victimes mais l’assassin aura fort à faire face à une bande de jeunes femmes délurées qui n’ont pas l’intention de se laisser faire…

Ce scénario astucieux permet un savant mélange de genre entre slasher, film de courses automobiles et même blaxploitation pour la gouaille du personnage interprété par Tracie Thoms. Mais Quentin Tarantino ne s’arrête pas là. La mise en scène beaucoup plus complexe que dans Kill Bill travaille chaque plan tiraillé entre le souvenir de l’âge d’or des années 70 et la modernité de ce début de siècle.

Le cinéaste s’amuse et impose délibérément au film le traitement des productions Grindhouse : mauvais raccords d’images, rupture de son et même interruption du film, autant d’éléments qui renvoient à une époque où la série B était bricolée parce qu’elle n’avait pas le droit de citer à Hollywood. Aujourd’hui, le moindre nanar produit par les studios affiche un sérieux de nouveau riche qui ne le rend que plus navrant. La fragilité des images témoigne du plaisir de celui qui les a filmées mais aussi de celui qui les regarde. Quentin Tarantino et son complice Robert Rodriguez ne visent rien d’autre.

Pourtant au bout d’une heure, Boulevard de la mort change radicalement de ton. Après un ultime soubresaut, le cadre s’élargit, l’image retrouve sa netteté. Un autre film commence où Tarantino laisse libre cours à ses fantasmes, jolies filles, voitures. La démarche nonchalante de Mike laisse place à l’hystérie des héroïnes tarantinesques. Il ne s’agit pas dune bête illustration féministe mais d’un geste de cinéma audacieux par lequel deux époques du film de série B dialoguent. Quentin Tarantino veut, à l’évidence, jouer un rôle dans le cinéma de genre contemporain. Une place que ce Boulevard de la mort, maîtrisé de la première à la dernière image justifie parfaitement.
J.H.D. 

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