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Le Film Décrypté : La Crise de Coline Serreau
Avec : Vincent Lindon, Patrick Timsit, Zabou Breitman, Yves Robert

Le bonheur si je veux

Coline Serreau a connu la gloire avec 3 Hommes et un couffin. Avec près de 12 millions d’entrées, le film reste l’une des plus grandes réussites du cinéma français, couronnée par le césar du meilleur film en 1987. Pourtant quelque chose gêne la cinéaste, quelque chose qui l’interpelle et qui éclate au grand jour avec La Crise, une comédie étrange où le rire s’accompagne toujours d’une certaine gravité, le regard sans concession de la cinéaste sur la France blasée du début des années 90.

Vincent Lindon incarne ici le prometteur juriste d’une grande entreprise. Un beau matin sa vie s’écroule. A son réveil, sa femme a disparu et emporté toutes ses affaires. Victor a juste le temps d’emmener ses enfants à la gare de Lyon où ils rejoignent leur grand-mère maternelle. Ses mésaventures continuent au bureau où il apprend son licenciement alors qu’il venait de remporter une affaire importante. Cela ne suffit pas. Victor cherche du réconfort mais aucun de ses proches ne peut l’aider. Un couple d’amis doit organiser les vacances au ski d’une famille recomposée pléthorique. Une amie violoniste perturbée par la casse de son instrument le repousse sans ménagement. En désespoir de cause, Victor se tourne vers Michou, un sans domicile fixe rencontré par hasard et qui le suit bientôt partout. Ils partent ensemble rendre visite aux parents de Victor…

Coline Serreau réalise le tour de force de nous faire rire avec des sujets graves. Le début du film surprend avec ses personnages agressifs et égoïstes, obnubilés par leurs petits problèmes. Travaillé par la lumière ocre de ses scènes tournées en intérieur, La Crise baigne dans une atmosphère de repli sur soi. Il n’y a aucune place pour l’autre. Dans la plus belle scène du film, Michou fait le récit de tous ses malheurs à Victor qui ne l’écoute pas avant que la caméra se raccroche au visage de Patrick Timsit songeur, le regard perdu dans les paysages qui défilent à travers la fenêtre du train.

Victor mettra du temps à admettre la situation. Vous avez plus besoin de moi que moi j’ai besoin de vous mais vous êtes trop bêtes pour vous en rendre compte lui dit Michou. Ce dernier n’a jamais eu personne, mise à part son frère et sa femme, une algérienne qui l’a élevé comme son fils, une famille qu’il a quittée quand cette mère de substitution est tombée gravement malade. Victor, lui, a tout mais ne s’en rendra compte qu’au terme du voyage.

Coline Serreau utilise les ressorts de la comédie pour dénoncer les dérives de la France des années 90, symbolisé par ce médecin qui a décidé de se consacrer à l’homéopathie, médecine peu lucrative car elle prescrit peu de médicaments, ce qui irrite sa femme attachée à son standing. De même, Victor rencontre plus tard un notable de gauche, trop préoccupé par son image pour entendre les problèmes du monde et la rage de ses enfants. Il y a aussi les théories racistes développées par Michou. A l’époque, ce type de discours pouvait prêter à rire mais plus aujourd’hui dans un pays qui a connu le 21 avril 2002. Car les problèmes de la société ne se sont guère arrangés. Malgré les années, La Crise reste toujours autant un film d’actualité.
J.H.D. 

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