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Les Amours d'Astrée et Céladon de 2h
Avec : Andy Gillet, Stéphanie de Crayencour, Cécile Cassel, Véronique Reymond, Rosette

Jeunesse éternelle

D’une œuvre monumentale d’un auteur méconnu du XVIème siècle, Eric Rohmer a su tirer une œuvre limpide où souffle sans réserves un vent de liberté. Pour les besoins du film, le cinéaste a simplifié l’intrigue du roman d’Honoré d’Urfé. Astrée et Céladon s’aiment malgré le désaveu des parents du jeune berger. Il imagine un stratagème pour les berner et s’affiche aux bras d’une autre, une vision que ne peut supporter Astrée. La jeune bergère rejette violemment son amant qui désespéré se jette dans la rivière. Restée seule, Astrée se lamente tandis que Céladon recueilli par des nymphes reprend des forces, bien déterminé à regagner l’amour de sa bien-aimée.

Une fois de plus, Eric Rohmer trouve dans la littérature la pierre angulaire de son cinéma. Son imagination et ses fantasmes s’y déploient avec une frénésie dont le signe le plus évident est la multitude d’anachronismes empruntés au roman initial. En effet, le livre de Honoré d’Urfé reconstituait à l’époque la vie de ces bergers du IIIème siècle telle que les hommes de la Renaissance se l’imaginaient. Les personnages s’interrogent sur l’amour, la nature de leurs sentiments. Ils côtoient des nymphes et se livrent à d’étranges cérémonies dirigées par de mystérieux druides.

Rien ne semble sérieux, pourtant la rigueur de la mise en scène et la précision du jeu des acteurs rendent l’ensemble crédible et surtout cohérent avec l’œuvre du cinéaste. Eric Rohmer reprend à son compte nombre de ses obsessions ordonnées ici avec un soin particulier. Le cinéaste ne se lasse pas de ces jeunes corps, de leurs vaines et maladroites tentatives de séduction. On retrouve également quelques motifs érotiques comme ce sein offert aux yeux du spectateur qui rappelle le genou de Claire.

Le film entretient un rapport perverti avec l’histoire. Un carton placé dès l’ouverture du film prévient même le spectateur qu’Eric Rohmer opère dans un registre fantaisiste à rebours de la rigueur tenue de Triple Agent ou de L’Anglaise et le duc. Le cinéaste s’amuse à brouiller la frontière entre vérité et invention, légendaire et trivial. Céladon devra ainsi se travestir pour pouvoir approcher de nouveau Astrée et la reconquérir. Eric Rohmer abandonne ainsi la rigueur des reconstitutions de ses derniers films pour une simplicité déconcertante mais parfaitement délibérée et affiche avec ces Amours d’Astrée et Céladon une éclatante vitalité.
J.H.D. 

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