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La Question Humaine de Nicolas Klotz
Avec : Mathieu Amalric, Michael Lonsdale, Jean-Pierre Khalfon, Lou Castel, Laetitia Spigarelli, Nicolas Maury

Industrie de mort

Silencieux, le regard perdu dans ses pensées, Simon observe ses collègues. Au loin, dehors, d’immenses cheminées rejettent dans l’atmosphère une épaisse fumée. Psychologue au service des ressources humaines d’une grande multinationale, il se voit confié une mission de la plus haute importance: il doit enquêter sur la santé mentale de Mathias Just, un cadre dirigeant de la société dont les moments d’égarement inquiètent au plus haut point la direction du groupe. Simon gagne rapidement la confiance de Just avant de perdre progressivement pied, hanté par les secrets qu’il met à jour…

Nicolas Klotz et sa scénariste Elisabeth Perceval se contentent d’une vision peu originale de l’entreprise avec son cortège de décors impersonnels et de cadres en costume et cravate anonymes et sans mémoire. La réussite du film n’est pas là mais dans la captation de l’air du temps et d’une époque où comme le répète un homme interrogé par Simon, la violence est un marché florissant. Dans cet univers où la motivation des collaborateurs est poussée à l’extrême, la musique tient une place à part : elle réveille chez Just de sourdes douleurs tandis qu’elle révèle la rage de Simon et de ses collègues lors de l’incroyable scène de transe où éclate la violence enfouie dans le corps de ces jeunes cadres formatés.

Petit à petit, les hommes perdent une part d’eux-mêmes, une capacité à prendre des décisions par eux-mêmes. Que doit faire Simon ? Obéir à sa conscience ou à Karl Rose ? Le langage perd tout son sens : on parle de ressources humaines, d’unités. On a reproché à Nicolas Klotz d’établir un parallèle trop évident entre nazisme et monde de l’entreprise. Faux problème. La Question humaine ne s’arrête pas à une telle correspondance. Le film restitue finalement la terrible réalité de la Shoah dans ce qui fut sa spécificité : une industrie de mort où les progrès technologiques ne servaient qu’à tuer toujours plus d’hommes.

L’essentiel du travail de mise en scène repose finalement sur une note technique datée de 1941 que Simon lit à la fin du film. De qui parle-t-on ? De pièces ? D’unités ? D’êtres humains ? L’entreprise n’est pas le lieu où se perpétue la Solution Finale mais celui où par un étrange travail de mémoire, Simon se rapproche de cette terrible réalité, celle d’un mal absolu. Aussi quand à la fin du film, il répète hébété Stücken Stücken, il ne s’agit pas de montrer que l’histoire se répète mais qu’elle s’est immiscée durablement dans notre inconscient jusqu’au vertige dont la Question Humaine se fait l’écho retentissant.
J.H.D. 

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