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Horizons Lointains : Kandahar de Mohsen Makhmalbaf
Avec : Niloufar Pazira, Hassan Tantai, Sadou Teymouri
Retour sur le film de Mohsen Makhmalbaf, six mois après sa sortie et les évènements du 11 septembre.

Nafas, une journaliste afghane réfugiée au Canada reçoit une lettre de sa sœur restée au pays. Cette dernière, désespérée par la condition des femmes, prises sous le joug des talibans, lui annonce son projet de se suicider avant la prochaine éclipse de soleil. Nafas décide de venir à son aide, et de passer en Afghanistan à partir de la frontière iranienne. Mais la route jusqu’à Kandahar est dangereuse…

Le retour des Zombies.

Incroyable mais Kandahar ressemble à s’y méprendre aux films d’horreur italiens des années 70, ce qui en situe assez vite les limites. L’intrigue rappelle fortement celle de l’Enfer des Zombies de Lucio Fulci, à ceci près que les fous de Dieu remplacent les morts-vivants. Dans le film italien, une jeune femme se rend aux Antilles pour percer la mort mystérieuse de son père, ce qui fait écho à la mission de Nafas pour aller sauver sa sœur. Au delà, de la fonction purement vitale, on sent aussi chez l’héroïne le désir de comprendre ces mœurs, cette régression radicale de la raison.

D’autres détails troublants viennent corroborer les similitudes avec les films d’horreur des années 70. Le style documentaire du réalisateur, proche de celui de Tobe Hooper, un style vif qui pique au vif le spectateur et qui distille vite un profond malaise. Sans parler, de la structure du film (saut dans l’inconnu, un peu à la manière de Zombie de Romero) et le motif de la cassette audio qui renvoi à la VHS de Cannibal Holocaust.

Cette filiation pour le moins inattendu passionne parce que c’est en son sein, que naît l’effroi, l’irrationnel. Quand par exemple, Nafas visite le docteur, ou que le groupe des femmes est contrôlé à la fin du film. La caméra de Mohsen Makhmalbaf filme des paysages sur lesquels le temps s’est arrêté comme il s’est déjà figé sur les morts vivants. Néanmoins, le film perd beaucoup de force par la répétition de motifs lourds dans les dialogues et surtout par le recours à des séquences d’un esthétisme pour le moins racoleur, comme dans ces scènes où des unijambistes courent vers des prothèses largués par avion. Passé le 11 septembre, le film n’émeut pas beaucoup, au contraire, on peut entendre certains spectateurs rire de certaines situations absurdes.

Surtout le film distille un discours politique assez ambigu. En bon apparatchik du pouvoir iranien, Mohsen Makhmalbaf oppose consciencieusement les pouvoirs Afghan et Iranien, ce dernier décrit comme un modèle d’humaniste. Kandahar reste donc un film assez bancal, nettement moins engagé que le Cercle de Jafar Panahi, un film beaucoup plus courageux.
J.H.D. 

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