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Kedma de Amos Gitai
Avec : Andrei Kashkar, Yelena Yaralova, Moni Moshonov, Menachem Lang, Yussef Abu Warda, Yorgos Arvanitis
Les sentiers de la guerre.

Kedma s’attache à décrire les destin croisés de rescapés de l’Holocauste emportés par la tourmente de la création de l’Etat d’Israel. D’abord refoulés par les soldats britanniques, ils sont ensuite enrôlés par l’armée secrète juive qui les achemine sur le front de la guerre d’indépendance…

Amos Gitaï revient par ce film aux origines de la création de l’Etat d’Israel, mais en la débarrassant de toute idéologie ou de propagande. Fidèle à son habitude, le cinéaste se livre à un examen des faits plutôt objectif pour montrer que derrière les apparences d’un mythe fondateur, se trouve la Guerre et son cortège d’atrocités et d’absurdités. Le cinéaste égratine le prestige du palmach qui envoie à l’abattoir les nouveaux emmigrants mais n’oublie pas les autorités britanniques et leur fameux « non-interventionnisme ».

Le film débute par l’évocation de l’Holocauste, mais pour Amos Gitaï, on ne peut se remettre des atrocités perpétrées par les nazis. Le premier plan séquence, sublime montre simplement un dos de femme nue, une étreinte à la fois tendre et maladroite car oppressée. Quand le cadre s’élargit, la caméra révèle les soutes d’un cargo, les passagers entassés comme dans les wagons d’un train. Amos Gitaï se révèle un artisan prodigieux de par sa maîtrise rigoureuse du plan séquence qui d’un point de vue spatial lui permet de masquer l’évident manque de moyens.

Mais pour le cinéaste, le cœur du film consiste à déceler à partir de la situation de l’époque les germes des folies à venir. Les paysans palestiniens sont forcés à l’exil, leurs terres confisquées ce qui génère la haine, le cinéaste insiste sur leur ressentiment à travers le chant de l’exil et le monologue prophétique du vieux palestinien lors de la séquence finale (« nous ferons des enfants révoltés »).

A cette monologue, répond l’injonction de Yanoush qui interpelle ses compatriotes, « son épouvantable peuple » et « Israel qui n’a jamais été un pays et ne le sera jamais ». Il serait trop facile d’y voir la négation de l’état d’Israel. Le réalisateur s’interroge plus sérieusement sur ce qui fonde un état. Pour Amos Gitaï, le peuple juif doit avant tout transmettre un héritage (ce qu’indique les témoignages des rescapés au début du film), une grande tradition humaniste que cette guerre remet en question. Sur ce point, le film a le mérite d’ouvrir le débat…

Kedma remet l’humain au centre du dispositif du Proche Orient. Alors que les médias et les politiques de tout bord jouent la carte du fanatisme et de la communauté religieuse, Amos Gitaï livre une œuvre très belle car courageuse.
J.H.D. 

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