sommaire cinéma
@ chroniques de films
articles

Inscrivez-vous à la newsletter PurJus

chroniques cinéma


Le Sourire de ma mère de Marco Bellocchio
Avec : Sergio Castellitto, Piera Degli Esposti, Jacqueline Lustig, Chiara Conti, Alberto Mondini
Dieu seul me voit.

A sa manière le dernier film de Marco Bellocchio raconte une histoire de l’Italie, pays marqué depuis toujours par l’influence des figures religieuses et matriarcales. Sergio Castellito y incarne Ernesto un peintre agnostique qui reçoit la visite d’émissaires du Vatican. Les membres de sa famille mènent une instruction en béatification à son insu, dont le but consiste à sanctifier sa mère, tuée par un frère malade mental. Aussi, les autorités religieuses demandent à l’artiste un témoignage capital pour préciser la dévotion de sa défunte mère et le blasphème de son frère, condition indispensable pour obtenir cette béatification qui redorerait le blason familial. Mais, Ernesto l’athée refuse de renier ses convictions…

Comment aborder le fait religieux ou Dieu, voici une des questions cruciales au centre de ce film. Dès la première scène, où le fils de Ernesto implore Dieu de le laisser tranquille, libre, le film apporte de troublantes et remarquables réponses. Pourtant le film n’adopte pas le ton péremptoire des convictions de Ernesto/Marco Bellocchio. Tout passe ici par un chemin tortueux au plus profond de l’âme entre rêve et réalité où Ernesto affronte ses propres contradictions.

Tout d’abord, lors de son entrevue avec le cardinal, quand ce dernier lui demande s’il est croyant et que l’artiste répond « non » d’une voix tremblante dixit l’ecclésiastique. Ce passage passionnant illustre autant le pouvoir de persuasion de l’Eglise que les errements du héros, magnifiquement décrit par le biais de son fils (agnostique, Ernesto lui permet de suivre le catéchisme) et de la jolie enseignante de religion de ce dernier (vision ou piège tendu par sa propre famille dans le but de révéler les contradictions de l'artiste).

Ensuite, le film joue avec la figure de la mère, « un peu bête » d’après Ernesto, sans méchanceté particulière. Pour le héros, la religion est critiquable dans l’optique d’une entreprise de salut ou « d’assurance pour l’au-delà » , sorte de résignation, en particulier celle de sa mère. Pourtant, Ernesto se sent toujours liée à elle, notamment par le sourire du titre élément fantasmagorique, déclencheur la colère d’un noble narcissique qui demandera réparation par un duel, tradition héritée d’une autre époque.

Jeux de caméras et de lumière, mélange des genres, du thriller à la critique sociale en passant par le fantastique, le film de Marco Bellocchio joue brillamment sur différents tableaux et installe durablement une ambiance mystérieuse qui sied à merveille à cette oeuvre subtile, élégante et passionnante.
J.H.D. 

< autres chroniques



Copyright 2000-2017 PurJus.net - <redac [AT] purjus [POINT] net> [*]
([*] veuillez supprimer les espaces pour former l'adresse mail réelle, merci -
ceci est fait pour lutter contre les collecteurs automatiques d'emails -
anti-spam)