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Intacto de Juan Carlos Fresnadillo
Avec : Leonardo Sbaraglia, Eusebio Poncela, Max von Sydow, Monica Lopez, Antonio Dechent
Mauvaise pioche.

Alors que le système de distribution espagnol est détenu à 80% par les Américains et qu'il est difficile à un film espagnol de se faire distribuer dans son propre pays, paradoxalement, le cinéma français distribue avec bienveillance un nombre croissant de réalisations ibériques. De réels talents ont ainsi été mis à jour(Amenabar, de la Iglesia et consorts) mais malheureusement la pêche n'est pas toujours miraculeuse (remember le très mauvais Souvenirs mortels). C'est à chaque fois une partie de poker menteur qui est jouée avec les spectateurs français, et pour gagner à ce jeu il faut de la chance.

La chance, justement, est le sujet d'Intacto. Pour Juan Carlos Fresnadillo, le jeune réalisateur de ce film, c'est un don que ceux qui sont en sa possession alimentent avec la chance des autres, mais c'est un don volatile que le seul contact physique avec un être plus chanceux que soit suffit à faire disparaître pour toujours. La chance se vole, se parie, se perd et le Juif (Max von Sydow) est le plus fort à ce jeu là. Il habite dans un casino (on aurait pu penser qu'il passerait sa vie à jouer dans les casinos…) et remet sa "chance" en jeu devant des prétendants. Pour muscler un peu son intrigue, Fresnadillo y intègre une histoire de règlement de compte, une dose de manipulation (depuis Amenabar le cinéma ibérique raffole des circonvolutions scénaristiques) et une histoire d'amour impossible.

Malheureusement Intacto passe complètement au travers de son sujet. Quel que soit le soin apporté à la photographie, à la lumière, aux décors, etc., ce film manque cruellement de personnalité. Un air de déjà vu formel flotte sur Intacto. Si Frenasdillo a bien observé ses aînés, il ne possède ni la poésie et la qualité d'écriture d'Amenabar, ni le sens du rythme et du comique de La Iglesia, ni l'art de faire peur de Balaguero. Intacto est une bobine vide qui se déroule sans parvenir à retenir l'attention du spectateur. Les personnages sont unidimensionnels (Monica Lopez passe dans ce film comme un cadavre marche derrière son ombre) et les motivations sont obscures. Quel est l'intérêt d'être le plus chanceux du monde, si c'est pour vivre caché, seul dans un casino au milieu du désert?

Si certains argueront que c'est justement ces ellipses qui font la poésie et l'intérêt du film, tout le monde n'est pas David Lynch et pour que cela fonctionne, encore faut-il avoir le talent d'instiller un certain climat, de donner de l'épaisseur à ses personnages et de développer une approche thématique suffisamment subtile et variée. Mais sur ce point encore, Frenasdillo est incapable de livrer une réflexion originale sur le sens de la vie, du hasard, de la mort. Intacto est un film franchement dispensable et seul le héros s'en sort "intacto", le spectateur lui en sort plutôt "ennuyado".
G.P.L. 

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