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Plaisirs Inconnus de Jia Zhang Ke
Avec : Zhao Wei Wei, Wu Qiong, Zhao Tao, Zhou Qing Feng, Wang Hong Wei
No Future.

Le cinéma est un extraordinaire moyen pour voyager. Kiarostami nous a fait découvrir l'Iran, Kurosawa le Japon, etc. Mais il arrive également que le spectateur occidental dans son voyage cinématographique se heurte à un mur invisible : celui qui fait d'un pays une culture. Le spectateur lambda de Plaisirs Inconnus se heurte précisément à cette barrière, il regarde la succession de scènes sans toujours pouvoir comprendre, étranger aux motivations des héros du film, incapable de pénétrer leurs esprits, il se laisse porter par le rythme lancinant du spectacle et la répétition de certains plans alors que quelque chose se passe mais qu'il est incapable de saisir quoi.

Dans Plaisirs Inconnus, Jia Zhangke nous décrit la jeunesse de la génération de l'enfant unique, celle née au début des années 80, dans une ville industrielle du nord de la Chine. Au chômage, de petits boulots en petits boulots, deux jeunes hommes voient leur vie comme des héros hollywoodiens. Xiao Ji tombe amoureux de la belle Qiao Qiao, starlette locale qui "appartient" déjà à une figure de la pègre locale, Bin Bin qui vit seul avec sa mère se cherche un avenir. Leur vie est remplie de petits riens et de passions qu'ils vivent aussi intensément qu'ils sont brefs, dans l'instant, sans contrainte. Ce sont les fameux "plaisirs inconnus" que découvrent progressivement ces adolescents. Le film alterne ainsi les longs temps morts insoutenables d'ennuis et les phases d'explosion renvoyant le spectateur à ses propres questions et lui offrant un second souffle dans une société chinoise risquant à tout moment la surchauffe.

Tourné en DV, Plaisirs Inconnus est le troisième long métrage de Jia Zhangke après Xiao Wu et Platform. La DV permet au réalisateur de tourner ses films indépendamment du pouvoir officiel, sans autorisation, offrant ainsi une vision de la Chine d'aujourd'hui bien différente de celle de Chen Kaige (Adieu ma concubine, L'Empereur et l'assassin) tournée vers la grandeur des temps anciens ou de Wang Xiaoshuai (Beijing bicycle) décrivant le modernisme et le développement de certaines grandes villes. Jia Zhangke accepte de jouer le rôle de peintre de la vie sociale de l'"autre Chine" avec une grande lucidité.

Il réfléchit sur la Chine confrontée à la réalité de la mondialisation, à une jeunesse soumise à une forte pression de la part de la société d'inspiration libérale se mettant en place et "tuant" à petit feu leurs rêves de liberté. Mais les héros de ce film, acteurs de leurs propres vies comme ils seraient des acteurs hollywoodiens, ne vont nul part, si ce n'est dans le mur, comme le montre ce plan de Bin Bin acculé par la police contre un mur après une minable tentative de braquage de banque.

Plaisirs Inconnus est un film difficile qui demande, pour être profitable, une volonté réelle de percer ce mur culturel que le spectateur peut être tenté de renforcer. L'invitation au voyage est parfois à ce prix, mais toujours pour le plus grand bénéfice de celui qui fera l'effort.
G.P.L. 

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