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Solaris : Visions croisées de Andrei Tarkovski/Steven Soderbergh
Avec : George Clooney, Natascha McElhone, Jeremy Davies, Viola Davis, Ulrich Tukur
30 ans après, Solaris revient sur le devant de la scène.
Dans les années qui ont suivi la sortie de 2001 l'odyssée de l'espace, la mode était à la psycho-science-fiction. L'humanité, la mémoire, la mort, Dieu sont les thèmes abordés par les réalisateurs du début des années 70 et repris comme il se doit par Tarkovski dans son film.

En 2003, l'accent est plutôt mis sur les effets spéciaux numériques et très peu sur la réflexion philosophique. Réaliser une nouvelle version de Solaris apparaît donc comme un pari pour le moins risqué. Artistiquement d'abord, il est délicat de rivaliser avec le talent de Tarkovski. Commercialement ensuite, Solaris est un film de science-fiction visant plus le public de La Chambre du fils que celui de L' Attaque des clones, au vu la réticence de ce type de public pour la science-fiction il n'est donc pas évident que son public se déplace instantanément, d'autant plus qu'au regard de la durée actuelle d'exploitation des films en salles, son public risque de ne pas avoir le temps de se déplacer du tout. Intellectuellement enfin, le système hollywoodien n'est peut être pas le cadre idéal pour développer une réflexion personnelle et originale sur des sujets aussi profonds que ceux abordés dans Solaris.
Soderbergh ayant quand même décider de se lancer dans l'aventure avec le soutien à la production de James Cameron, un regard croisé avec l'œuvre de Tarkovski est un exercice extrêmement instructif afin de comprendre comment deux sensibilités aussi différentes appréhendent un même sujet. Et même si Soderbergh et Cameron clament haut et fort que les deux films ne doivent pas être comparés, le déroulement des deux films est tellement proche que la comparaison s'impose d'elle-même.
Dans un futur indéterminé, le psychologue Kris Kelvin est appelé sur la station spatiale en orbite autour de la planète-océan Solaris afin d'enquêter sur l'opportunité de mettre un terme aux recherches entreprises. Sur place, il est confronté à des phénomènes étranges prenant forme humaine parmi lesquels l'apparition de son épouse pourtant décédée quelques années auparavant.
En fait de film Soderbergh livre un squelette de film, une succession des points importants à aborder sans ménager de transition entre les idées. Un spectacle d'à peine 1h35 là où Tarkovski livre un film passionnant de 80 minutes de plus. La différence de durée du film n'est pas innocente. Quand Tarkovski prenait le temps de décrire la planète terre avec ses auto-routes interminables afin d'installer son oeuvre dans du concret, permettant aux spectateurs de trouver leurs marques, Soderbergh n'a pas de temps à perdre et envoie son héros (George Clooney dont la ressemblance physique avec Donatas Banionas, le Kris Kelvin de Tarkovski, est surprenante) sur la station orbitale sans s'attarder plus.
Ce pécher originel du Solaris de Soderbergh se répercute tout au long de son film. Soderbergh choisit d'illustrer la relation entre Kelvin et son épouse par une série de flash-backs, mais au lieu de décrire ce qui fit la richesse de la relation des deux amants, Soderbergh se focalise sur les moments importants de leur vie de couple (leur rencontre, la première fois, une dispute), séquences qui en fin de compte n'arrivent jamais à faire participer les spectateurs à la vie des deux héros et donnent au contraire l'impression d'assister à un mauvais mélo (à l'exception tout de même de la dispute tragique entre Clooney et Natasha McElhone, scène qui parvient à atteindre une intensité inégalée dans le reste du film). Quelles que soient leurs qualités, les acteurs ne parviennent que très rarement à être touchant. Les personnages secondaires étant en outre nettement moins développés que dans la version de Tarkovski, ils ne parviennent pas à soutenir véritablement l'intrigue. Comme Soderbergh a par le passé démontré sa capacité à mettre en valeur les personnages de ses films (cf Sexe, Mensonge et vidéo ou Traffic), que cet élément soit le point faible de Solaris est plutôt une mauvaise surprise.
Tarkovski en éludant presque toutes les scènes de la vie des amants sur terre, laisse les acteurs développer leur jeu, laisse les spectateurs libres de rêver leur relation et surtout laisse la relation amoureuse s'installer à son rythme. Cette subtilité dans la narration est la marque de fabrique du film de Tarkovski. Quand Soderbergh dispose des moyens et de la technologie nécessaires pour matérialiser ses idées, Tarkovski utilise une palette narrative subtile pour obtenir le résultat qu'il escomptait (cf la scène où Kelvin apprend le suicide de sa "visiteuse").
En fin de compte, le film de Soderbergh qui se veut poétique ne parvient pas à égaler la beauté froide de Tarkovski. Même la porte ouverte sur l'issue du film que laisse Soderbergh aux spectateurs (principal démarquement par rapport à la "version originelle") apparaît artificielle. La réflexion de Soderbergh ne parvient jamais à égaler celle de Tarkovski et comme le remarque le critique américain Jonathan Rosenbaum : "l'histoire est trop forte pour que Soderbergh parvienne à la tuer … même s'il a failli y parvenir".
Ce nouveau Solaris offre un spectacle mitigé qui risque malheureusement de renvoyer ce type de science-fiction dans le cosmos de la production cinématographique et conforter les studios dans leur volonté de traiter la science-fiction comme un genre immature réservé au public de L'Attaque des clones. Tant pis pour les autres, espérons juste que cette nouvelle version de Solaris donnera à ses spectateurs l'envie de découvrir la version de Tarkovski.

Solaris de Soderbergh 1 étoile
Solaris de Tarkovski 4 étoile

A noter l'existence en DVD zone 2 d'un import britannique édité chez Artificial Eye du film de Tarkovski rendant justice à son auteur. Le film est en 5.1, édité sur deux DVD comprenant notamment en bonus une courte interview de la sœur de Tarkovski qui explique comment le réalisateur s'y prenait pour gruger la censure soviétique et une autre de l'actrice Natalya Bondarchuk racontant le tournage de certaines scènes.
G.P.L. 

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