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Loin du paradis de Todd Haynes
Avec : Julianne Moore, Dennis Quaid, Dennis Haysbert, Patricia Clarkson, Viola Davis
Si loin si proche.

Son sourire s’étale sur les unes des magazines, toutes les ménagères rêvent de lui ressembler. Pourtant Cathy Whitaker n’est pas heureuse et son sourire masque une déchichure plus profonde.

Loin du paradis reprend l’esthétisme des grands mélodrames des années 50 de Douglas Sirk mais Todd Haynes ne se contente pas de livrer un exercice de style réglé dans les moindres détails, jusqu’aux lettres du générique. Le réalisateur dresse une critique cinglante de l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui. Le principal intéret de Loin du Paradis réside dans sa capacité à relier les deux époques, à disserter sur les problèmes d’aujourd’hui avec les codes d’hier.

A l’époque, Joseph L. Mankiewicz avait du modifier le script de la Comtesse aux pieds nus, « une version amère de Cendrillon, où le prince charmant aurait dû, à la fin, se révéler homosexuel, mais je ne voulais pas aller aussi loin. » Contrairement aux films des années 50, le film aborde l’homosexualite sans sous entendus (la scène du bureau) mais évite le discours tolérant un peu creux. Servi par des acteurs remarquables, Loin du paradis préfère sonder les pulsions et les désirs de ses personnages prisonniers des conventions d’un univers totalement artificiel.

Cette Amérique oppressante, pardonne encore moins à la femme son amitié avec son jardinier noir, Raymond. Leur première rencontre suscite d’emblée la réprobation d’une journaliste qui détourne le regard, sans compter les railleries d’une visite au cours d’une exposition. Dans la plus belle séquence du film, Cathy rencontre Raymond devant un cinéma pour lui annoncer qu’elle doit renoncer à le revoir. Digne, ce dernier tente de la convaincre de résister aux pressions, d’aller au delà des apparences avant de s’interrompre devant les regards menaçants des badauds.

Todd Haynes fustige ici le racisme de l’Amérique mais refuse toute tentative de manichéisme facile. Rarement un film n’a décrit les sentiments humains avec une telle intensité, notamment lors de la poignante scène finale. A défaut de pouvoir s’aimer sur terre, Cathy et Raymond se retrouveront peut être au paradis.
J.H.D. 

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