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Les Proies (reprise) de Don Siegel
Avec : Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman, Jo Ann Harris, Pamelyn Ferdyn
Autant en emporte 8 femmes

Don Siegel et Clint Eastwood en sont en 1971 à leur troisième collaboration. Leur nouvelle collaboration s'annoncent d'entrée de jeu prometteuse. Effectivement, les Proies est un film remarquable mais sûrement pas pour les raisons qui ont poussé les producteurs (pour mémoire Universal studios) à investir sur ces deux noms.

Si les Proies se déroule bien en pleine guerre de sécession, Don Siegel met rapidement de côté les bottes et les chevaux pour livrer un huis-clos d'une rare intensité dans lequel Clint Eastwood dynamite progressivement son image de séducteur cynique pour se retrouver à la merci de d'un groupe de femmes. John Mc Burney, alias McB, est caporal dans l'armée nordiste. Sniper son rôle est d'abattre de sang-froid les soldats sudistes. Lors d'une offensive, il est grièvement brûlé. En plein territoire ennemi, se vidant de son sang, il est trouvé par une très jeune fille qui l'emmène se faire soigner dans le pensionnat dans lequel elle vit. Ce pensionnat de guerre est une maison pour jeunes filles comme il faut, tenu d'une main de fer par Martha (Géraldine Page) aidée de Edwina (Elizabeth Hartman), la plus âgée des pensionnaires.

L'arrivée d'un loup dans la bergerie de jeunes femmes "privées" d'hommes depuis de longs mois cristallise les tensions latentes et agit comme révélateur des lourds secrets qui pèsent sur l'établissement.
Outre le rôle à contre-emploi que Clint Eastwood s'est attribué afin de sortir de son registre habituel et démontré la variété de son jeu, les Proies est un modèle de construction avec une montée progressive de la tension par palier, chaque palier permettant de repousser d'un cran l'horreur de la situation.
Le film peut être découpé en deux parties, dans la première, le rapport de force est en faveur de Clint Eastwood qui depuis son lit de blessé tire les ficelles. La seconde partie et la chute de Clint Eastwood marque un glissement progressif dans la folie. Le rapport des forces en présence s'inverse, les femmes blessées, "les proies", se révèlent de bien plus dangereux prédateurs que Mc B ne l'aurait cru.

A ce scénario minutieusement mis en place, s'ajoute une description subtile et pernicieuse de la psychologie des personnages. La galerie de personnages est suffisamment variée pour offrir un panorama suffisamment exhaustif de la psychologie féminine et de la logique de séduction. Décrite comme prête à tout pour parvenir à leurs fins, l'image des femmes dans ce film est particulièrement déplorable, elles sont toutes pourries, même les plus innocentes. Pour autant, Don Siegel renvoie hommes et femmes sur un pied d'égalité, Mc B en séducteur lâche ne vaut pas mieux que les femmes. C'est à la nature même de l'être humain que Siegel s'en prend comme dans une scène mémorable où Mc se bat contre des réservistes sudistes qui ne forment en réalité qu'une bande d'éclopés.

Thématiquement les Proies peut faire l'objet d'une double lecture. Une première lecture sur le mode psychanalytique, le film est en effet parsemé de référence à l'inceste, au refoulement, à la castration (cf les deux scènes de cauchemars de McB et de Martha).

Une seconde lecture se veut plus religieuse. En effet, il est intéressant de constater que l'arrivée dans un pensionnat de jeunes filles est vue comme une arrivée une paradis. Pour un soldat en période de guerre, une maison pleine de femmes sans défense et nourrissant des pensées impures peut assurément être comparé au paradis, impression confirmée par la scène où les soldats sudistes tentent en vain d'être hébergé au sein du pensionnat en échange d'une hypothétique protection.

Cependant Clint Eastwood tel Lucifer, l'ange déchu va tomber du paradis pour aller en enfer ( la scène de la chute est à ce sujet explicitement claire et les évènements qui suivront confirmeront bien que Mc B est bel et bien en enfer).
Mc B peut être vu dès le début du film comme un mort en sursis, et dans cette perspective, la scène finale vient logiquement parachever le film avec la mort du héros. A ce propos il faut relever que les deux scénaristes crédités au générique (John B. Sherry et grimes Grice) sont en réalité des pseudonymes de Albeil Mahz et Irene Kamp qui refusèrent de signer de leurs noms en raison de leur désaccord avec la fin du film.
Enfin, la photographie de Bruce Surtees rappelle l'ambiance gothique des films de la Hammer, avec une photographie extérieure évanescente contrastant avec celle intérieure plus agressive.

Comme souvent pour les grands films, ce film fut un échec lors de sa sortie. Vendu comme un western d'action, le film, qui n'a pourtant pas coûté cher à réaliser y compris au regard des budgets de l'époque, a réalisé un score médiocre au box office, se privant à la fois des spectateurs potentiellement intéressés par un thriller psychologique et ceux fans de Clint Eastwood désarçonnés par la mort du personnage de McB. Heureusement, les grands films, eux, sont immortels…
G.P.L. 

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