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Visions croisées : Matrix Reloaded Vs Terminator 3 de
Avec : Keanu Reevers, Arnold Schwarzenegger
La sortie à quelques mois d'intervalles de Matrix Reloaded et de Terminator 3, nous force à nous interroger sur la manière même de réaliser des films aujourd'hui dans les studios hollywoodiens et in fine sur ce qu'est devenu le cinéma fantastique.

La comparaison entre ces deux films s'impose d'elle même. D'une part, ils font tous les deux partie d'une seule et unique mythologie fantastique qui décline différemment le thème de la guerre entre les hommes et les machines. D'autre part, à la fois Terminator 1 et 2 et Matrix ont représenté une étape majeure dans le cinéma fantastique et plus largement dans le cinéma de genre.

Il semble donc intéressant de profiter de la sortie concomitante de T3 et Matrix Reloaded pour faire le bilan de ce que ces deux films nous montrent du cinéma hollywoodien contemporain. Il est nécessaire de noter préalablement que la comparaison est légèrement biaisée dans la mesure où le réalisateur du nouveau Terminator, n'est "que" Jonathan Mostow et pas James Cameron.

Les deux films se veulent construits sur le même modèle : une réflexion plus ou moins philosophique sur l'évolution de l'humanité et ses rapports avec les machines et une surenchère d'effets visuels supposés ne jamais avoir été vus auparavant.

Le résultat final est éloquent, Matrix Reloaded est un incomparablement meilleur que T3. En effet les frères Wachovski portent leur film bien au-delà de ce qui avait été fait jusqu'à présent alors que T3 porte un regard mi-nostalgique mi-sarcastique sur ses années de références, les années 80. Le premier est un film "post-moderne" brouillant à dessein la distinction entre jeu vidéo et cinéma, possédant sa propre grammaire cinématographique. Chaque image, chaque plan, chaque séquence étant signifiant. Nous rappelant par la même que les frères Wachovski font du cinéma, du vrai, où les images font sens. Ainsi, ils n'ont pas hésité à bâtir un film alternant scènes d'actions très longues et scènes de discussion approfondies pour parvenir à un subtil équilibre : réaliser un blockbuster offrant des clés de réflexion de différents niveaux, allant du spectateur moyen à celui décorticant les scènes en quatre. Tout le monde y trouvant son compte en somme. Les scènes de combat étant à elle seule des chorégraphies filmées en plan large comme jamais auparavant. Comme si le rêve de John Mc Tiernan de réaliser une symphonie visuelle digne de Mozart ou Beethoven prenait forme par moment dans Matrix Reloaded. Le spectateur se laissant emporter par le flux d'image.

L'intelligence des frères Wachovski a été de réaliser le premier film multimédia et de créer une génération spontanée de Matrix. Le film s'accompagne en effet d'un jeu vidéo et de The Animatrix, un ensemble de films d'animation de très haute qualité. Le second est un film "pré-moderne" ("fossile"diront les mauvaises langues) dans le sens où les spectateurs ont la furieuse impression de voir un film des années 80. Pas de Kung-fu, pas de bullet time mais des coups de fusils à pompe. Pas de quartier en somme.

Ce côté désuet est cultivé par exemple dans la scène de poursuite en voiture qui est à cet égard symptomatique. Celle de Matrix Reloaded fait appel à une moto, toute en souplesse et en esquive, celle de T3 fait appel à un camion qui écrase tout sur son passage avec son échelle rétractable. Le message est clair, T3 n'est pas là pour faire dans la finesse mais pour attirer le public qui était fan de Commando et de Rambo dans les années 80. . Il n'est pas certain à ce propos que T3 ait réussit à attirer les teen-agers dans les salles américaines.

L'autre grande carence de T3 par rapport à Matrix Reloaded (si on laisse de côté l'humour très Scream qui donne la curieuse impression que le réalisateur ne croit pas vraiment que les spectateur vont gober ce qu'il leur montre et semble s'excuser préventivement du spectacle qu'il propose) est la faible durée des scènes de transition entre deux assauts de la terminatrix, scènes qui sont supposées donner de la profondeur aux personnages et à l'intrigue. T3 est trop court et donne l'impression que l'enchaînement des évènements est trop abrupt.

Néanmoins, T3 est un film plus que correct, avec un Jonathan Mostow rendant une copie propre et avec un casting exemplaire de Kristanna Loken à Claire Danes. Cette dernière joue parfaitement son rôle de femme incrédule/forte/sensible, soit toute la Sarah Connor des Terminator 1 et 2. La grande réussite de T3 (outre le simple plaisir de retrouver la franchise des Terminator) est la qualité de son histoire, le scénario est en effet excellent. Les différents scénaristes ayant travaillé sur le film ont eu l'intelligence de comprendre que désormais il était temps de passer la main à John Connor, et que dès le premier film c'est en réalité lui le héros des Terminator, futur leader de la résistance.

Accompagnant la logique de James Cameron, Jonathan Mostow, joue la carte du déterminisme, le jour du jugement dernier doit arriver quoi que les hommes fassent. Les machines prendront le pouvoir ! Cette lecture pessimiste qui prend toute son ampleur à la fin du film est pour le moins surprenante dans une oeuvre hollywoodienne et classe d'emblée T3 dans la catégorie des films courageux.

Cette rencontre fortuite entre Matrix Reloaded et T3 ressemble plus à un passage de témoin entre deux types de cinéma qu'à une lutte impitoyable tant la supériorité de Matrix Reloaded semble évidente. Les chiffres du box-office américain penchent en la faveur des frères W. et offrent virtuellement un enterrement de première classe au modèle de film qu'incarne T3. Gageons que Matrix Reloaded est le nouveau standard du cinéma fantastique américain. Aucun film ne nous a montré le quart du huitième de ce que Matrix Reloaded nous a offert. La complexité de la mise en scène a placé la barre très haute, les "concurrents" des frères W. à commencer par Peter Jackson et Sam Raimi vont devoir nous montrer ce qu'ils ont dans le ventre. La caméra est dans leur camp…
G.P.L. 

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