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Blind Shaft de Li Yang
Avec : Li Yixiang, Wang Shuangbao, Wang Baoqiang
Travail au noir

La caméra balaie un paysage minier du nord de la chine, un de ces paysages lunaires et singuliers, terre de cinéma à explorer où peut se réinventer la fiction et le drame social. Sur les traces de Jia zhang-Ke ou de Wang Chao, le premier film de Li Yang dresse le constat d’un société déliquescente avec en toile de fond une dénociation politique des conditions de travail des ouvriers chinois…

Comme tous les jours, Song et Tang descendent dans une des nombreuses mines de charbon chinoise. Accompagné de Chaolu, le frère de Tang, ils pénètrent dans une galerie et commencent leur dure journée de labeur. Soudain, Tang frappe son frère puis le tue avec la complicité de Song. Les deux hommes provoquent ensuite l’éboulement de la galerie afin de maquiller leur crime.

De retour en surface, Tang obtient de la direction de la mine une importante compensation financière pour la mort de son frère. Il s’agit en fait d’acheter le silence des deux mineurs qui pourraient révéler aux autorités les conditions de travail déplorables de la mine. Tang et Song quittent les lieux en quête d’un nouveau «parent». Ils le trouvent en la personne de Yuen, un jeune garçon naïf et timide qui a abandonné ses études par manque d’argent. Les deux hommes lui proposent de les rejoindre à la mine…

Dans un pays qui compte encore sur un cinéma officiel pour assurer sa propagande comme en atteste la sortie récente du lamentable Hero de Yang Zimou, un film comme blind shaft procure un bien fou. Tourné clandestinement, le premier film de Li Yang dresse en effet le portrait implacable d’un pays en pleine décomposition rongé par un libéralisme débridé et incontrôlé.

Il s’agit ici de s’adapter pour survivre, de gagner de l’argent quel qu’en soit le prix. Ainsi, Tang et Song agissent ainsi comme de parfaits tueurs en série, mais la mise en scène ne cherche jamais à condamner leur conduite. Au contraire, le cinéaste insiste sur leurs bonnes intentions - ils envoient de l’argent à leur famille – et l’humour noir aidant, il accentue la dimension politique de sa réflexion : dans un système aussi corrompu, leur attitude reste tout à fait compréhensible.

Un tel constat suffirait déjà à faire de Blind Shaft un très grand film, mais Li Yang emporte définitivement l’adhésion à travers une mise en scène qui se joue astucieusement des codes du film noir. Brutalité sociale, dureté des sentiments, sens du burlesque, interprêtation, Li Yang maîtrise parfaitement son sujet, et pour son premier film, il démontre une terrible lucidité jusqu’au cruel dénouement final qui laisse entrevoir la véritable nature de ses deux héros. Les cheminées ne consument pas que les dépouilles des victimes de la mine mais aussi les espoirs de tout un peuple.
J.H.D. 

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