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Elephant de Gus Van Sant
Avec : Alex Frost, John Robinson, Elias McConnell, Eric Deulen, Jordan Taylor
Le monde comme il sombre

Déferlement de violence incontrôlable et imprévisible, les fusillades se sont multipliées ces dernières années aux Etats Unis jusqu’à devenir une donnée établie de la société américaine avec la tragique tuerie de Columbine en avril 1999. Depuis, les experts se sont emparés du problème, mais rien n’a réellement changé : le malaise de la jeunesse américaine persiste à l’image des récents films de Lary Clark.

Il existe plusieurs manières de se mesurer à ces fais divers sanglants. Une première approche développée par Michael Moore consiste à analyser les évènements afin d’en dégager une explication. Similaire à une enquête policière sur la forme, cette approche très classique présente néanmoins un défaut de taille, elle se prête aux interprêtations les plus diverses, certaines contestables. Dans le cas de Bowling for Columbine, vient se greffer en plus le point de vue de l’auteur qui transforme le récit en véritable performance au détriment de la vérité.

Cette vérité, au fond, elle importe peu Gus Van Sant. Pour l’auteur d’Elephant, il s’agit surtout de reconstituer le massacre de Columbine au sein d’un dispositif spatio-temporel aussi complexe qu’ambitieux. L’objectif de sa caméra se place au centre de ce lycée ordinaire pour y enregistrer les mouvements, les désirs, les craintes, les espérances. Elle redéploie ainsi l’espace et le temps puisqu’elle donne à voir les mêmes scènes filmées sous des angles ou des points de vue différents. Rarement, un film n’aura donné une telle impression d’omniscience, la possibilité pour le spectateur de s’immerger dans un univers de fiction troublant car très proche de la réalité dont il s’inspire.

Mais la grande force du film réside dans la capacité de Gus Van Sant à nous rendre familier cet univers au delà du simple dispositif formel. Il émane en effet du film une réelle sincérité, à l’image de ce père alcoolique de la première scène qui revient assister impuissant au massacre. Ce plan anodin en apparences, résume à lui seul la démarche de l’auteur entre souci de réalisme, expérimentation visuelle, poèsie, barbarie, lucidité mais aussi en dernier recours une certaine note d’espoir. Elephant invente ainsi une nouvelle forme d’éthique cinématographique, c’est dire s’il s’agit d’un film important.
J.H.D. 

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