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Le Film Décrypté : Alien, le 8ème passager de Ridley Scott
Avec : Sigourney Weaver, Tom Skerritt, Veronica Cartwright, Harry Dean Stanton, John Hurt
Retour gagnant

Le vaisseau spatial Nostromo, revenant d’une mission de routine, capte de mystérieux signaux sur une planète inconnue. Le capitaine Dallas et son second Kane, partent en reconnaissance et y découvrent les débris d’un navire spatial ainsi que de curieux œufs. C’est le début de ce qui va devenir un des plus terrifiants cauchemars de l’histoire du cinéma...

Ridley Scott n’en est pas à son premier director’s cut : il avait déjà ressorti en 1992 Blade Runner. Mais ce cas était bien différent dans le sens où le film, mal compris à l’époque, avait bénéficié dix ans plus tard de changements capitaux afin que l’œuvre puisse acquérir toute sa puissance contemplative tandis qu'Alien, dès 1979, avait été unanimement salué par le public et la critique. On redoutait donc la redite ainsi qu’une profonde déception face à ce film culte menacé de se faire abîmer par le choc inéluctable des années écoulées et ce, malgré une copie entièrement remasterisée et agrémentée de scènes supplémentaires. Heureusement il n’en est rien.

Près d’un quart de siècle plus tard, il est stupéfiant de constater sur grand écran à quel point Alien a conservé tout son impact. Comme toute œuvre référence, elle a généré une multitude de clones mais à quelques exceptions (comme le reste de la saga et Predator de John McTiernan), elle a rarement été égalée et, en aucun cas, dépassée. Pour la simple et bonne raison que le film se rapproche de la perfection et ce, à tous points de vue.

Ridley Scott avait parfaitement compris que pour susciter une terreur digne de ce nom à son auditoire, il ne fallait pas se perdre en explications sur le pourquoi du comment de la bête et surtout privilégier la suggestion à l’explicitation – en cela, Alien n’est en rien l’ancêtre des blockbusters hollywoodiens mais plutôt le digne descendant de l’expressionnisme allemand et de Jacques Tourneur – et encore aujourd’hui la recette fonctionne : malgré une bonne dizaine de visionnages, l’admirateur inconditionnel que je suis s’est laissé surprendre à plusieurs reprises. Pour cela, il faut saluer l’extraordinaire travail de restauration de la copie sur le son car il renforce de façon remarquable l’implacable mécanique de l’effroi instaurée par Ridley Scott et, bien évidemment, sur l’image car il met en valeur les somptueux décors imaginés par H.R. Giger et Jean « Moebius » Giraud.

En effet, ces décors sont un élément important pour comprendre l’incroyable longévité d’Alien. Dans la chambre à coucher aseptisée du Nostromo, on assiste à un réveil d’hommes qui l’est tout autant : cet échantillon d’humanité est très sensible à la hiérarchie (Ripley, Dallas, Ash) et se soucie uniquement de la valeur des primes de frettage (Parker, Brett). Et si l’équipage se décide à aller à la rencontre de ce signal, c’est plus par respect de la procédure que par réelle volonté d’assistance.

Cette humanité assez terne va reprendre des couleurs au contact de la bête, à commencer par le rouge sanglant quand cette dernière se « libère » de Kane. A travers cette scène célèbre, ce monstre apparaît comme un patchwork psychanalytique, mythologique et sexuel. Cette hostilité à l’égard de ce point tellement humain est une des frayeurs le plus réussies au regard de ce monstre qui refuse une voie utérine ou même anale (d’ailleurs les débris du navire ressemblent à deux trompes de Fallope perforées). C’est logique dans un sens puisque nul n’est à même de préciser s’il est purement organique (sa peau semble blindée et de l’acide coule dans ses veines). Cela est d’autant plus vrai quand on découvre qu’il est protégé par des représentants de l’intelligence artificielle qu’ils soient visibles ( l’ordinateur de bord « Mother », prêt à sacrifier ses « enfants » pour ramener la bête sur Terre) ou dissimulés (l’androïde Ash)

Cette confusion produit la force du film. Sa beauté formelle engendre un monde toujours aussi fascinant et effrayant, dans lequel tout peut arriver, tant sur la planète mystérieuse qu’à bord du Nostromo où sept individus doivent faire face à un être terrifiant devenu incontrôlable, véritable caméléon dans cet enchevêtrement de métal et de tuyauterie, mais tellement pur et parfait, selon Ash, car dénué de sentiments, de remords et de quelconque morale dérisoire.

En conduisant la terreur du spectateur vers l’abstraction, l’irrationnel et l’inconscient, Ridley Scott signait là une variation brillante et sophistiquée sur l’angoisse de l’inconnu, et du coup, une œuvre majeure du cinéma de science-fiction. Ce director’s cut ne fait que le confirmer.

Alien ressort en salles dans une version director's cut le 12 novembre
J.F. 

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