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Intolérable Cruauté de Joel Coen
Avec : George Clooney, Catherine Zeta-Jones, Julia Duffy, Paul Adelstein , Jonathan Hadary
Les joyeux divorcés

A ma gauche, Miles Massey, avocat riche et célèbre pour avoir inventé un contrat qui porte son nom, sorte d’assurance béton qui, en cas de divorce, permet au plus riche des deux de le rester. A ma droite Marilyn Rexroth, croqueuse de maris qui érige la séparation juteuse en discipline sportive de renom. Un affrontement plaisant mais impitoyable va s’engager. C’est à qui séduira l’autre pour mieux le dépouiller.

En s’appropriant un scénario qui, pour une fois, n’est pas de leur cru, les frères Coen ont momentanément laissé l’Amérique profonde pour éclairer de leur regard acéré celle du showbiz et des ténors du barreau spécialisés dans les mariages spéculatifs, tractations sordides et autres arrangements grassement chiffrés.

Pourtant, au vu de l’horrible bande annonce et du cuisant échec au box-office américain, on pouvait envisager que le mauvais esprit propre à la décapante fratrie ne se soit émoussé. Non, Intolérable cruauté est un très bon Coen. Le cynisme et la cruauté de leur vision de l’humanité sont toujours au rendez-vous et l’explication tient en ces quelques mots : ploucs contre nouveaux riches, même combat ! En effet les villas hollywoodiennes rivalisent de vulgarité avec la cambrousse des bouseux de Fargo. Le summum étant atteint dans cette immonde chapelle de Las Vegas où l’on dit « Oui je le veux » en kilt et aux sons d’une chanson de Simon and Garfunkel, massacrée à la cornemuse.

Ce mauvais goût, ce sentiment du minable se faufile partout même chez Marilyn et Miles. Elle, bombe sexuelle certes, mais quelques détails dans ses vêtements par exemple révèlent l’arriviste qu’elle s’efforce de cacher. Lui, conscient de sa séduction et de sa virilité ne peut s’empêcher de vérifier en permanence la blancheur de son sourire (George Clooney impayable en pastiche vivant de Cary Grant)... Ces deux exemples suggèrent à quel point les frères Coen savent brosser en quelques traits un personnage. Cela crève les yeux avec les personnages secondaires, tous plus crétins et tordants les uns que les autres : ce détective black et hargneux (le gimmick « I’m gonna nail your ass ! » de Cedric the Entertainer pourrait bien devenir culte), ce milliardaire doté d’un accent texan à couper au couteau et incapable de se taire et Whistling Joe, brute aussi épaisse que débile pour être capable de confondre son inhalateur avec son revolver sont les exemples les plus mémorables.

Tous ces personnages servent vaillamment un film dont le scénario est un brillant et hilarant fil conducteur à de savoureuses vacheries. On ne peut que jubiler devant tant d’ingéniosité pour le coup tordu, tant de séduction au service des plus basses tromperies, tant d’impertinence et de brio dans les dialogues. Le tout rythmé avec une précision d’horloger...

En définitive les frères Coen ont réussi avec cette féroce satire à rendre hommage aux grandes « comédies de remariages » de Cukor et Lubitsch tout en conservant leur mordante ironie. Intolérable Cruauté n’est pas leur meilleur film mais il est sans aucun doute un des plus drôles de 2003.
J.F. 

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