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21 grammes de Alejandro González Inárritu
Avec : Sean Penn, Benicio Del Toro, Naomi Watts, Charlotte Gainsbourg, Melissa Leo
Créance de sang

Hollywood est une mante religieuse, constamment à la recherche de sang frais, fabuleuse machine à assimiler les talents étrangers, mais en même temps fossoyeur des rêves des réalisateurs les plus fragiles. C'est désormais au talentueux réalisateur de Amores Perros, Inaritu, de faire l'expérience du système hollywoodien. Comme de raison, Miramax a demandé à Inaritu de refaire ce qui l'avait fait se démarquer par le passé c'est à dire un film déconstruit où les histoires s'entrechoquent et se rejoignent.

Malgré la présence de Miramax aux commandes, Inaritu a bénéficié pour 21 grams du luxe d'un casting ébouriffant avec sous sa direction : Sean Penn, Benicio Del Toro, Naomi Watts, et une excellente Charlotte Gainsbourg. Encore restait il à Inaritu à tourner son film avec de tels acteurs!

Sur ce point le réalisateur construit savamment son film avec précision et application. La ligne temporelle est brisée et réinsérée dans un schéma plus vaste, ce qui laisser croire au spectateur ne connaissant pas l'histoire avant de voir le film que les mêmes acteurs jouent plusieurs rôles dans 21 grams. Une fois le mécanisme assimilé, le puzzle mental réassemblé, le film donne l'impression de souffrir d'un troublant phénomène de réfraction, la même histoire se déroulant en parallèle à des moments différents de sa linéarité. Si le mécanisme est dans un premier temps attrayant, il devient à la longue épuisant et l'artifice consistant à cacher la misère d'un mélo banal (une femme voit sa famille périr dans un accident de la circulation, un homme en attente d'une greffe de cœur survit grâce à cette accident et se met en tête d'élucider le mystère de sa survie) n'abuse personne.

Le miroir étant brisé, le spectateur se retrouve face à ce qui fait la qualité de 21 grams, c'est à dire la richesse du jeu des acteurs (Naomi Watts en femme hystérique à contre emploi est surprenante et Del Toro est proprement terrifiant, plus vrai que nature).et le réel talent d'Inaritu qui par delà les artifices narratifs d'une histoire sans grand relief, offre un film sans concession, de la même veine qu'Amores Perros. Les deux films sont en effet tous les deux le siège d'une violence sociale sans illusion qui en fin de compte ne trouve à s'exprimer que dans la pulsion de mort de ses héros. C'est cette force qui, espérons le, préservera Inaritu du baiser de la mort d'Hollywood.
G.P.L. 

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