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Uzak de Nuri Bilge Ceylan
Avec : Muzaffer Özdemir, Mehmet Emin Toprak, Zuhal Gencer Erkaya, Feridun Koc, Fatma Ceylan
Si loin si proche

Un homme marche au milieu d’un paysage enneigé. Le plan pourrait durer quelques instants, il s’étire sur quelques minutes jusqu'à ce que l’homme monte dans une camionette. Un plan à priori anodin mais déjà transparaît de ces quelques minutes, la sensation étrange d’une insondable mélancolie.

En turc Uzak signifie lointain, comme la distance qui nous sépare les uns des autres et nous empêche de communiquer avec le réel et nos semblables. Le film capte ainsi notre incapacité naturelle au bonheur à travers le portrait bouleversant de deux hommes que tout semble opposer.

Il y a tout d’abord Yussuf, jeune homme fraîchement débarqué de la campagne avec ses rêves et ses espoirs d’une vie meilleure. Il peut encore se projeter dans l’avenir, envisage de partir travailler sur les cargos. Un plan magistral suffira à lui faire perdre toutes ses illusions. Marchant à travers la ville enneigée à la recherche d’un bateau, il aperçoit soudain son épave échouée et prise dans les glaces.

Cette scène résume à elle seule la démarche du cinéaste. Procédant par ellipses, Nure Bilge Ceylan transfigure réel et espace temps. Rien n’est gratuit dans Uzak et si le cinéaste allonge les scènes et brouille les repères – Istanbul est filmée enneigée – ce n’est pas pour rendre inaccessibles les personnages, mais au contraire pour qu’ils nous apparaissent très proches comme Mahmut, l’autre face de ce miroir dépoli.

Photographe désabusé, ce dernier a renoncé à ses ideaux. Il ne sera pas un célèbre cinéaste comme Tarkowski, ni même un photographe reconnu. Il doit pour l’heure accepter des commandes purement alimentaires comme des publicités pour des marques de carrelage. Il revoit de temps en temps son ancienne épouse, prend connaissance de sa santé défaillante. Contrairement à Yussuf, tout tend à lui renvoyer les images de son passé et la douloureuse sensation d’être passer à côté du bonheur, le grand sujet du film.

Les relations entre Yussuf et Mahmut s’enveniment progressivement car les deux hommes ne parviennent plus à faire semblant. La réalité s’avère trop cruelle, il faut se révolter pour ne pas se laisser submerger par le désespoir. Que regarde au juste Mahmut au loin dans le port d’Istanbul ? Nul le sait, mais à cet instant précis, son regard se confond avec celui de son cousin. Plus qu’un nouveau départ, cette superbe conclusion sonne comme une réconcialiation.
J.H.D. 

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