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Notre musique de Jean-Luc Godard
Avec : Nade Dieu, Rony Kramer, Sarah Adler, Jean-Christophe Bouvet, Simon Eine

Guerre et Paix

Un nouveau film de Jean-Luc Godard crée toujours l‘événement, à la mesure d’une œuvre qui depuis cinquante ans pense et façonne le septième art, parfois à la limite de l’abstraction. Mais que les spectateurs les plus sceptiques se rassurer, Notre Musique demeure une des œuvres les plus lisibles de son auteur.

Jean Luc Godard compose ici un étrange poème de violence et d’espoir sur la condition humaine, scandé en trois temps ou royaumes de l’humanité. Notre Musique commence ainsi par un bref mais douloureux passage en Enfer. Le cinéaste compose un montage percutant composé d’images d’archives, de films, de reconstitutions avec pour corollaire la guerre et ses destructions, évoquant pêle-mêle la Barbarie nazie, les croisades, guerre de Sécession, l’Empire romain. Godard réalise ici un véritable tour de force. Il parvient à ne jamais styliser la violence et n’établit jamais d’équivalence simplistes, le seul fil conducteur, reste juste l’évocation de la fragilité de la condition humaines face à ces machines morts.

Après le déluge des dix premières minutes, la caméra nous entrâine sur les traces du réalisateur en visite à Sarajevo, - à la fois ville symbole et meurtie par la guerre - où le cinéaste participe aux « rencontres européennes du livre ». Il retrouve quelques amis, arpente les rues de la capitale bosniaque, donne une leçon de cinéma à quelques étudiants médusés et surtout rencontre une jeune journaliste israélienne partie à la recherche de l’homme qui jadis sauva son grand-père. A défaut de rencontrer l’ambasadeur de France, elle s’entretiendra quelques instants avec le poète palestinien Marmoud Darwich. A l’image du pont de Mostar, autre étape de ce voyage au Purgatoire, le film cherche à réunir ceux que tout semble opposer, les fameux champs et les contre champs qu’évoque Godard lors de son cours de cinéma. La parole joue bien sûr un rôle primordial, la reconstruction filmée ici s’opère surtout à travers les mots et la poésie.

Mais les mots parfois ne suffisent plus. Olga, double mystérieux de Judith et du traducteur rencontré au début du film, se sacrifie pour une cause qu’elle estime juste la paix au Proche Orient, faisant basculer le film du Purgatoire vers le Paradis. Elle y rejoint un groupe de jeunes gens débonnaire dans une vision à la fois buccolique et inquiète puisque les lieux sont ironiquement gardés par des marines américains. Notre Musique trouve enfin une certaine sérennité, celle d’un cinéphile apaisé, bercé par l’âge d’or du cinéma américain, et entouré par une foule de bienheureux qui n’est pas sans rappeler Fahrenheit 451 de François Truffaut. Le cinéma, toujours le cinéma.

J.H.D. 

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