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Kill Bill 2 de Quentin Tarantino
Avec : Uma Thurman, David Carradine, Michael Madsen, Daryl Hannah, Gordon Liu

De la suite dans les idées

Rappel des faits, une ex-tueuse à gages, enceinte jusqu’aux yeux voit ses cinq ex-collègues faire irruption à son mariage et massacrer l’assistance avant que Bill, son ex-patron et ex tout court, ne lui colle une balle dans le crâne la laissant pour morte. Quatre années et un coma plus tard, la tueuse sans nom se réveille en colère et avec le ventre plat, et n’a plus qu’une seule idée en tête, les tuer tous. Dans la première partie, O-Ren Ishii et Vernita Green ont été rayées de la liste. Restent Budd, frère cadet et raté de Bill, Elle Driver tueuse professionnelle aussi borgne que redoutable et bien sûr leur chef, Bill.

"Sait-elle que sa fille est toujours en vie ?“ c’est sur cette question de Bill posée à Sofie Fatale, le bras droit d’O-Ren que s’achevait la première partie de Kill Bill. Six mois séparent la sortie du premier et du deuxième volet, une attente insupportable et malgré tout nécessaire. Insupportable dans le sens où le cliffhanger était particulièrement bien placée mais il était aussi très frustrant, un mal pour un bien car il donnait vraiment envie de voir la suite (un luxe que les frères Wachowski n’ont pas pu s’offrir avec The Matrix Reloaded/Revolutions par exemple). Nécessaire pour permettre aux spectateurs conquis de se remettre de ce cinéma compilation, ce patchwork d’images extrêmement sophistiquées.

Kill Bill Volume 1 était bien le film dans son auteur mais moins par son style que par ses influences. En effet, une héroïne peu loquace, une violence stylisée comme jamais, et, fait inhabituel, un récit mené tambour battant où le point d’orgue était le morceau de bravoure de la Villa Bleue virant au rouge sanglant, de quoi surprendre chez un cinéaste où la parole avait jusqu’alors toujours primé sur l’action.

“Voici comment s’est passé le massacre du mariage à la Chapelle des Deux Pins...En fait c’était pendant la répétition“. Cette voix-off d’ouverture est un indice important de la tonalité de ce volume deux que l’on nous avait annoncé comme étant plus “spaghetti“. Le film est bien plus que ça, il est plus Tarantino, tout simplement. On y retrouve son plaisir du décrochage narratif certes, mais surtout ses interminables dialogues redevenues moteurs de l’action. De là découle un recentrage logique sur les personnages (Budd, décrit comme un déchet de la société, ses dix premières minutes s’apparentent à une caricature du quotidien pathétique d’un beauf texan) tout en conservant - à regret - le côté manichéen du premier volet (Bill, bien que père aimé et doté d’un charisme indéniable, n’en demeure pas moins une belle ordure - David Carradine, encore un choix de casting qui s’avère payant). Par conséquent le temps se dilate, le charme opère plus dans l’attente de l’action que dans l’action elle-même (voir la scène de l’enterrée vivante qui dure deux minutes chrono), parfois c’est cette absence d’action qui rend la violence à la fois plus rentrée et plus inquiétante (le sort que réserve la Mariée à Elle Driver va dans ce sens)

Ce changement de temporalité justifie la séparation du film en deux parties mais elle permet aussi de redonner du souffle au film parce que si le premier volet était esthétiquement blufflant, il souffrait d’une mécanique répétitive qui ne remettait jamais en cause le postulat de départ. Il devient ici plus séduisant et plus fluide, l’étoffement des personnages renforce l’embryon de mélancolie qui parcourait le premier volet mais aussi l’utilisation de l’espace, la caravane dans le désert et l’hacienda mexicaine répondent au jardin multicolore japonais et si Kill Bill dans son ensemble ne parvient pas à dépasser Jackie Brown, son film le plus abouti à ce jour, il permet de devenir la nouvelle référence du cinéma de genre.
J.F. 

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