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Fahrenheit 9/11 de Michael Moore
Avec : Un documentaire de Michael Moore

Palme d’or de la démagogie

Mai 2004, Festival de Cannes. Michael Moore présente son, documentaire à charge sur l’administration Bush, au pouvoir depuis début 2001. A la fin de la projection commence une standing ovation qui durera presque une demi-heure. Quelques jours plus tard, Moore remporte la récompense suprême… Déjà des spectateurs-journalistes font part de leur scepticisme quant au résultat… Ils ont raison.

Michael Moore est un documentariste à part. Il a compris que pour faire passer un message dans le pays de l’entertainment, il était nécessaire de transformer un documentaire en show. Roger et moi et The Big One étaient en cela de belles réussites : en mêlant son vécu à celui du danger de la mondialisation et du libéralisme outrancier, Michael Moore effectuait son devoir d’information tout en misant fortement sur le côté ludique. De cette méthode a découlé des moments jubilatoires comme Phil Knight, le PDG de Nike, pris la main dans le sac de la mauvaise foi ou “l’action commando” au siège d’une multinationale alimentaire pour décerner le prix du meilleur licenciement massif du mois. Une méthode toutefois que l’on est libre de juger contestable.

Mais le mécanique Moore commença à se gripper avec Bowling for Columbine. Malgré quelques scènes mémorables notamment avec Marilyn Manson et surtout un Charlton Heston, grand défenseur de la libre circulation des armes à feux face au mur de sa bêtise, des signes inquiétants apparaissaient : en passant peu à peu du statut d’enquêteur ironique à celui du détenteur de la vérité refusant le débat et la réflexion, Michael Moore devenait agaçant à force d’énumérer des statistiques sans énumérer leur provenance voire presque mensonger en essayant de faire croire à une vision idyllique du Canada aussi irréelle que ridicule. Fahrenheit 9/11 s’inscrit malheureusement dans cette lignée.

En un peu moins de deux heures, Moore livre un portrait à charge du mandat de George W. Bush et de son action de l’élection foire de Novembre 2000 jusqu’à l’intervention en Irak. Moore apparaît très peu dans le cadre, s’occupant principalement de livrer au spectateur un déluge d’images d’archives et d’interviews dans un montage si serré qu’il interdit à ce dernier le recul nécessaire à un embryon de réflexion. Le fond est irréprochable : Moore dénonce la médiocrité du président, les liens financiers de sa famille avec la famille de Ben Laden et le poids indispensable de l’Arabie Saoudite dans l’économie américaine mais l’épaisseur du trait neutralise trop souvent ses attaques devenant aussi putassières que celles de Karl Zéro. Pire, il ne fait que survoler certaines questions essentielles sur l’hôte de la Maison Blanche : Qui le manipule ? Quand et comment s’est formé son cercle de neo-conservateurs par exemple ?

Mais la rigueur documentaire est le cadet de ses soucis. Fahrenheit 9/11 n’est qu’une déclaration de haine au 43ème président des Etats-Unis devenant peu à peu régressive et ultra simpliste car, plus que jamais, Moore veut plaire à son public. Cela se ressent quand il a tendance à oublier que la moitié des votants de l’élection présidentielle ont voté pour le gouverneur du Texas et ce, malgré les magouilles évidentes de Floride. Alors Moore parle au cœur de ses concitoyens et, à partir de là, il va trop loin. En témoigne cette insupportable séquence où une mère pleure devant la Maison Blanche, face caméra, son fils tué en Irak. Est ce que son chagrin serait différent si son fils avait été fauché par des balles allemandes ou japonaises ? il est permis d’en douter. Quand l’instant d’après, il demande aux députés du Congrès d’envoyer leurs fils au front, n’est ce pas un peu facile ? Et que dire de ce montage où il présente l’Irak sous Saddam Hussein comme une sorte de Club Med ? A partir de là, Moore est moins un documentariste qu’un hypocrite car critiquer l’influence néfaste de certains médias est louable…dans la mesure où l’on n’utilise pas leurs armes pour transformer un film en Fox News de gauche.

P.S. : Il faut absolument voir Le monde selon Bush de William Karel, bien mieux informé et tellement plus rigoureux.
J.F. 

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