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Spiderman 2 de Sam Raimi
Avec : Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Alfred Molina, Donna Murphy, Dylan Baker

Masochisme identitaire

Les mois ont passé depuis les événements du premier épisode. Harry Osborn a hérité de la société d’armement de son père Norman, mort dans des circonstances mystérieuses. Mary Jane Watson triomphe au théâtre et ne comprend toujours pas pourquoi Peter Parker a refusé son amour. Ce dernier continue de sauver la veuve et l’orphelin derrière le masque de Spider-Man tout en regardant sa vie sentimentale, amicale et professionnelle prendre l’eau de toute part…Spider-man peut-il donc laisser un peu de place à Peter Parker ?

Ainsi commence Spider-Man 2, toujours réalisé par Sam Raimi, et cette question est le thème sous-jacent de ce second volet : jouer sur les contraires, sur l’image du justicier masqué et de l’homme Peter Parker pour mieux les confondre avec des variations comiques (l’inattendue et hilarante scène de l’ascenseur) puis spectaculaires (l’incroyable scène du métro où les new-yorkais sauvés par l’homme araignée le regardent littéralement pour ce qu’il est avec tendresse). Car si le premier Spider-Man était le dédoublement identitaire, métaphore à peine déguisée des tourments de l’adolescence et des sentiments amoureux, découlant sur une impossibilité (être super héros et mener une vie normale et sentimentale) ; le second traite du possible contournement de cette règle (véritable malédiction du héros) et de la difficulté pour parvenir à la fusion des deux identités. C’est par ce postulat de base que l’épaisseur de Peter Parker s’en trouve logiquement accrue. Le parti pris de l’inscrire encore plus dans le réel tient toutes ses promesses avec ses loyers de retards, le costume qui déteint à la machine entre deux combats titanesques dans les artères de New York. Tobey Maguire renforce encore plus la maîtrise de son personnage qui souffre énormément. Cette souffrance s’exprime par une perte momentanée des pouvoirs de Spider-Man quand Peter Parker est rongé par l’incertitude de son existence.

Et justement lier les pouvoirs au psychique a quelque chose d’étrange lorsqu’on en vient à s’intéresser au méchant du film, le docteur Octavius, bien plus intéressant que le Bouffon Vert du premier volet. Comme ce dernier, Octavius est un père de substitution pour Peter Parker mais, à la différence de Norman Osborn qui ne vivait que pour s’enrichir avec ses armes high-tech, Octavius est un scientifique idéaliste, oeuvrant pour un monde meilleur, puis un amant détruit par la mort de sa femme. Il est plus une victime de l’aliénation à sa machine, une poignée de tentacules métalliques greffés dans son dos par accident, qu’un authentique sadique. De cette symétrie des contraires naît un trouble : la froide, sombre et implacable folie mécanique de Doc Ock (face aux dysfonctionnements organiques d’un héros à l’ego défaillant) fait de lui un Peter Parker qui aurait mal tourné, comme un ami perdu qu’on ne peut entièrement détester.

C’est aussi pour ça que Spider-Man 2 est plus réussi que le premier volet parce qu’il arrive à jongler avec une bonne distance entre l’humour et l’action ; car cette fois la mise en scène de Sam Raimi est vraiment au diapason de son héros : agile, mouvementée et percutante; agile et mouvementée car le réalisateur réussit des morceaux de bravoures beaucoup plus nerveux sans sacrifier à la lisibilité (le sauvetage de Tante May) et surtout la patte de Sam Raimi est plus bien plus présente…le réveil brutal de Dock Ock à l’hôpital est incroyablement violent par son montage et son mixage sonore (remarquer la référence à Evil Dead dans cette scène) et pourtant le sang ne coule pas ; percutante par les thèmes qu’elle effleure comme la culpabilité, la vengeance, l’horrible vérité et l’affranchissement de ces trois dernières pour aller de l’avant (Oncle Ben, Norman Osborn –magnifique scène où son fils Harry passe véritablement à travers le miroir). En cela Spider-Man 2 poursuit brillamment la quête intime de Peter Parker : passer de l’état de gamin à celui d’un homme capable de gérer ses contradictions.

Le film est-il alors définitif au point d’entrer dans le panthéon des adaptations de super héros ? Pas tout à fait malheureusement car si la thématique du héros est brillamment traitée, si Tobey Maguire impose sa suprématie dans le rôle de Peter Parker, la thématique des sentiments amoureux, elle, s’atrophie et Mary Jane Watson devient tout bonnement insupportable (le jeu livide de Kirsten Dunst n’arrangeant rien). Face à la complexité de certains personnages, on trouve le sien très léger et on en vient à se demander pourquoi Peter Parker l’aime tant. De là découlent quelques scènes vraiment trop larmoyantes et une fin assez ridicule à la limite d’une mauvaise pub pour parfum des années 1980… Hormis cela, Spider-Man 2 mérite son statut de champion du box-office mondial de l’été 2004.
J.F. 

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