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2046 de Wong Kar Wai
Avec : Tony Leung, Gong-Li, Takuya Kimura, Faye Wong, Ziyi Zhang, Carina Lau

L’impossible au revoir...

Produire un résumé conséquent d’un film de Wong Kar Wai est un exercice périlleux : entre le temps qui passe et les amours qui filent, entre les descriptions minutieuses de sensations et de réflexions contradictoires, Wong Kar Wai aime travailler sans scénario et brouiller les pistes. Le personnage principal en est une : M. Chow, l’homme de In The Mood For Love, revenu du Cambodge après avoir "enterré” son secret -son amour pour Mme Zhen - dans les ruines d’Angkor Vat. Ce nouveau film commence dans l’hôtel du précédent où notre héros convoite la chambre 2046 sans jamais pouvoir la louer. Il va alors attirer à lui les occupantes du lieu, qui deviennent peu à peu l’objet de ses fantasmes. Chaque femme constitue alors une partie du récit de science-fiction, intitulé aussi 2046, qu’il est en train d’écrire. Ce roman futuriste décrit des personnages égarés à bord d’un train mystérieux à destination d’un lieu mythique où le temps s’arrête, les souvenirs ne disparaissent plus et d’où l’on ne revient jamais.

En découvrant les premiers plans du personnage interprété par Tony Leung, la continuité avec In The Mood For Love semble évidente, pourtant un je-ne-sais-quoi dans le port de la moustache ou peut-être un mélange de colère et de désillusion dans son regard annonce la couleur : 2046 est moins la suite du chef d’œuvre de Wong Kar Wai que sa dérivation, son pendant négatif. Bien sûr ce qui fait le génie du réalisateur de Hong Kong répond toujours présent. Difficile de réprimer un sourire devant des scènes voluptueuses et sensuelles comme, par exemple, la récitation de japonais de Faye Wong vue à travers la souplesse de son jeu de jambes ou encore la cambrure de reins et le regard arrogant d’une Zhang Zi Yi carnassière à souhait…Toutefois Wong Kar Wai continue à inonder sa ville de mélancolie, à travers les déambulations nocturnes de M. Chow. In The Mood For Love racontait déjà les errances d’un couple en non devenir à travers le fétichisme obsessionnel de son auteur. 2046 va encore plus loin en faisant de l’errance et de son questionnement la rythmique même de son film. Il fait le grand écart entre les fictions possibles, les femmes et les icônes tout en évitant presque toujours que ses délires visuels ne parasitent le plaisir des sens.

Presque ? La chose est dite. Si la réussite principale de 2046 reste parfaite dans le style et le pouvoir d’envoûtement engendré par les souvenirs de ce Hong Kong des sixties, on est en revanche loin du compte dans sa mouture fantasmée façon 2046. La transposition de la grâce élégiaque du quotidien de M. Chow tourne à l’eau de boudin dans le futur (en témoigne cette maladroite métaphore du secret enterré de In The Mood For Love où une humanoïde sert littéralement de tronc d’arbre). Cette longue partie devient le véritable ventre mou du film et montre à quel point le spectre In The Mood For Love plane au dessus de 2046 et nous rappelle en l’espace de quelques plans combien l’absence de Maggie Cheung se fait douloureusement sentir. Tout laisse à penser que Wong Kar Wai en avait parfaitement conscience à en juger par les quatre années de tournage nécessaires et le remontage permanent du film, comme si, persuadé d’avoir réalisé son chef d’œuvre définitif il y a quatre ans, il était incapable de tourner la page. Espérons que ce film ne sera qu’une transition vers le renouveau, car, si 2046 est un grand film nostalgique, il est aussi celui d’un échec d’une beauté confondante mais néanmoins douloureuse, celle de l’impossible au revoir à une œuvre passée et aimée.
J.F. 

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