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Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry
Avec : Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood

Souvenirs en voie d’extinction

Joel et Clementine forment un couple traversant une phase difficile. L’euphorie des débuts a fait place à un quotidien morose rempli d’engueulades et de mesquineries…jusqu’à ce que Joel apprenne par un carton trouvé dans sa boîte aux lettres que Clementine l’a fait effacer de sa mémoire et qu’il lui serait fortement recommandé de ne plus entrer en contact avec elle. D’abord assommé par la radicalité de la solution, Joel va tenter lui aussi l’expérience…

Le film raconte la nuit où les techniciens de Lacuna, la société spécialisée en effacement de souvenirs, travaillent autour de Joel endormi. Sa tête est coiffée d’un casque high-tech relié à un ordinateur, lui-même chargé de détruire toute trace de Clementine. Aussi le scénario de Charlie Kaufman , véritable spécialiste du récit à tiroirs (auteur pour le meilleur de Being john Malkovich et pour le pire de Adaptation, tous deux réalisés par Spike Jonze) se révèle vite être le meilleur moyen d’expression visuelle pour Michel Gondry (réalisateur des meilleurs clips de Björk ou encore des White Stripes) .

Compression, dilatation, collision entre le souvenir et l’instant présent, brouillage spatio-temporel : le réalisateur réussit à rendre perceptible chaque mouvement cérébral de Joel en synthétisant au mieux son expérience de surdoué du vidéo clip. Il parvient à convertir l’histoire banale d’un couple sur le déclin en un bouleversant tourbillon de vie mais repassé à l’envers. Ainsi les derniers moments partagés par Joel le taciturne (Jim Carrey incroyablement sobre) et Clementine la fausse excentrique mais vraie angoissée (tout simplement le meilleur rôle de Kate Winslet depuis très longtemps) sont logiquement dominés par l’exaspération et la rancœur. Mais cette morosité laisse peu à peu la place à des souvenirs plus intenses, plus beaux avec, en point d’orgue, cette première rencontre sur une plage à la morte saison dans la banlieue de New York.

Ce cheminement chaotique amène progressivement la seconde bonne idée du film: le refus obstiné d’oublier l’être autrefois aimé, ce fameux grain de sable capable de paralyser la technologie la plus évoluée. Car Eternal Sunshine…, au delà du caractère ludique de son histoire, souligne le rôle capital de la mémoire et la nécessité de garder ses souvenirs intacts, qu’ils soient bons ou mauvais, afin de profiter de l’expérience qu’ils nous apportent pour s’affirmer et évoluer. Ce message, naïf certes, fait du bien dans une société où l’on cherche à tout anesthésier, jusqu’à ses propres erreurs, au risque de les répéter.

Eternal Sunshine… devient ainsi le croisement d’artistes au sommet de leurs talents respectifs, une comédie fantastico-romantique intelligente (rappeler que l’amour parfait n’existe pas est toujours bon à prendre) dotée d’une solide bande-son (dont l’implacable reprise de Everybody’s Got a Lesson Sometimes des Korgis par Beck) qui séduira les plus nostalgiques… ainsi que les spectateurs fleur bleue et exigeants à la fois.
J.F. 

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