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Mon Trésor de Keren Yedaya
Avec : Ronit Elkabetz, Dana Ivgy, Meshar Cohen, Katia Zimbris, Schmuel Edelman

Boulevard des rêves brisés

Or et sa mère Ruthie vivent dans un modeste appartement de Tel Aviv. La jeune fille survit en alternant école et petits boulots, sa mère se prostitue et se retrouve souvent à l’hôpital. Un jour excédée, Or décide de reprendre sa mère en main pour l’empêcher de retourner sur les trottoirs…

Le premier film de Keren Yedaya abandonne un instant le conflit israélo-palestinien pour une plongée vertigineuse dans la société israélienne. Oui, la misère progresse et des gens essaient tant bien que mal de survivre sur le sol de la Terre Promise. La cinéaste dépasse pourtant assez vite ce constat évident pour livrer un portrait de femmes bouleversant.

A l’évidence, Keren Yedaya n’est pas là pour juger ses personnages. Elle s’attache plus à décrire leur longue déchéance qu’à en expliquer les causes. Le film alterne de véritables joutes - lorsque la fille tente par tous les moyens d’interdire à sa mère de se prostituer - avec de véritables scènes de complicité. Ruthie évoque ainsi le retour possible d’un ancien amour tandis que Or vit ses premiers émois avec le fils d’une voisine. Les personnages marginaux sortent du cadre pour mieux réintégrer la fiction, le film se fait ainsi l’écho de la rage sourde qui les habite et de leurs folles espérances.

Keren Yedaya brouille également les pistes. Mon Trésor multiplie les scènes où la mère et la fille ne font plus qu’une. Le jeu de la mise en scène ne permet plus alors de les distinguer. Leur lutte commune devient rapidement le moyen de résister à un ordre social qui les renvoie irrémédiablement sur les trottoirs. Cette réalité existe et la cinéaste ne la contourne pas, livrant une vision singulière de Tel Aviv, débarrassée de tout folklore : ruelles sombres, plages sales où Or ramasse des bouteilles vides pour se faire un peu d’argent…

Malheureusement, l’ordre social finit par rattraper ces deux héroïnes. Même si dans Mon Trésor, la prostitution s’apparente plus à une drogue qu’à une nécessité. La lassitude de la mère finit par gagner la fille à moins que cela ne soit sa culpabilité face à son premier amour. Or ne parvient pas à se faire accepter par Rachel, la mère de Ido. Pire, elle cède à la brutalité animale d’un amant, jeune soldat en permission, symbole politique fort dans un pays où l’armée reste une institution majeure. Porté par deux actrices remarquables, un film dur et nécessaire pour dénoncer la violence sociale subie par les femmes et pour rappeler à travers l’exemple d’Israël cet implacable constat : cette société, c’est en quelque sorte aussi la nôtre.
J.H.D. 

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