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Vera Drake de Mike Leigh
Avec : Imelda Staunton, Richard Graham, Eddie Marsan, Anna Keaveney, Alex Kelly, Daniel Mays

Un ange passe

L’apparente banalité se dégage du nouveau film de Mike Leigh. Elle intrigue et invite une nouvelle fois à s’interroger sur la puissance d’un cinéma qui enregistre les mêmes gestes quotidiens pour mieux cerner un système qu’il entend dénoncer, ici l’Angleterre de l’après guerre.

Modeste employée d’une usine, Vera Drake arrondit ses fins de mois en effectuant quelques ménages dans de vielles demeures bourgeoises. Sa vie rangée obéit aux mêmes rituels, visite à sa mère, repas de famille, tâches ménagères dont elle s’acquitte avec un soin presque déraisonnable. Une vie sans accroc mais heureuse. Vera garde le sourire toujours prête à rendre service à son prochain même si cela signifie aider de jeunes femmes à avorter malgré les lois de l’époque…

Vera Drake suit le même dispositif que All or Nothing. L’arrestation de Vera après un avortement qui a mal tourné n’est que le révélateur de tensions masquées jusqu’ici par la répétition des mêmes gestes quotidiens. On retrouve ainsi toutes les qualités du cinéaste, la précision et la force du contexte social, la direction d’acteurs impeccable. Lentement, le film met à nu les incohérences et les hypocrisies du système : l’intervention d’un psychiatre permet de déguiser l’avortement d’une riche héritière violée par son ami moyennant finance sans parler de la fausse bonne amie qui exploite à la fois la gentillesse de Vera et la détresse de ces « jeunes filles dans le besoin ».

Sa famille, à l’image de son mari ne comprend pas son geste. Vera Drake affronte donc seule une implacable machine judiciaire garante de lois qui ne s’applique pas à tous et qui s’inscrivent en décalage total avec la vie des personnages. Leur bonheur ne compte pas, peu importe les conséquences, pourvu que la Justice passe. Mike Leigh pousse l’apparente banalité du film à son paroxysme pour mieux dénoncer ce système qui ne laisse aucune chance à ces personnages originaux. L’image d’Epinal d’un foyer dans lequel trône un fauteuil vide permet alors de saisir toute l’importance de Vera, beau personnage d’un film dont la banalité travaille sa propre singularité.
J.H.D. 

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