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Mooladé de Ousmane Sembène
Avec : Fatima Coulibaly, Maïmouna Hélène Diarra, Salimata Traoré, Aminata Dao

Des femmes et des sortilèges

Tout le village est en émoi. Six petites fillettes ont fui le rituel de purification et la promesse d’une excision forcée. Quatre d’entre elles ont trouvé refuge auprès de Colle. Cette dernière leur accorde sa protection en invoquant le Mooladé, le droit d’asile de la coutume peule malgré l’opposition du reste du village…

Le nouveau film de Ousmane Sembène dénonce sans ambiguïtés la pratique de l’excision dans de nombreux états africains. Cela ne lui empêche pas un certain didactisme voire une certaine subtilité dans son propos. Personnage central du film, Colle a toujours refusé l’excision et en a épargné sa fille Amsatou. Ce n’est pourtant pas à cause de cette conviction qu’elle protège les jeunes filles, c’est en invoquant une autre coutume. Le film de Ousmane Sembène ne s’organise que dans ces faces à faces, tradition contre tradition, anciens et modernes, hommes et femmes.

L’excision n’est évidemment pas une pratique sanitaire, il s’agit d’encourager la chasteté en interdisant aux femmes d’éprouver le moindre plaisir. Il s’agit une fois de plus de les contrôler et c’est pourquoi les hommes finiront par brûler toutes les radios du village. Adoptant un ton proche de la fable, la mise en scène réaffirme la primauté de la parole, parole donnée sur l’honneur pour protéger les fillettes, parole émancipatrice pour ces femmes soumises à l’autorité de leurs maris.

Il s’agit pour l’heure de résister quitte à en payer le prix, à l’instar de Colle battue sur la place publique, sauvée in extremis par l’intervention d’un marchand itinérant. Ousmane Sembène dresse un portrait plutôt sombre d’une Afrique où les traditions tenaces servent de lien social jusque dans des excès incontrôlables. Seule note d’espoir, la rage des femmes et une jeunesse affranchie de ces coutumes, prête à défier l’autorité des pères, à l’image du jeune Ibrahima.
J.H.D. 

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