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Otage de Florent Siri
Avec : Bruce Willis, Kevin Pollak, Ben Foster

Parce qu’une erreur d’appréciation a coûté la vie de trois personnes lors de sa dernière mission, Jeff Talley, ex-négociateur en cas de prise d’otages au sein du LAPD, a tout quitté pour devenir chef de bureau de police d’une petite ville sans histoire. Mais quand le vol improvisé d’un 4x4 par trois délinquants juvéniles vire à la séquestration de la famille d’un expert comptable louche, Talley est loin de se douter qu’il va passer la nuit la plus terrifiante de sa vie…

A l’origine de ce film, une belle histoire : celle de Florent Siri. Contacté par la star hollywoodienne enthousiasmée par son précédent film Nid de guêpes, le réalisateur français s’est vu confier les commandes d’Otage. Cette aventure américaine est pourtant moins surprenante que celle de son compatriote marxiste Jean-François Richet avec son remake “officiel” de Assaut de John Carpenter (lui-même remake urbain et nihiliste de Rio Bravo de Howard Hawks) car Nid de guêpes devait beaucoup à l’influence de Carpenter avec sa mise en scène nerveuse, son sens du cadrage et surtout la représentation de l’Ennemi comme étant invisible et omniprésent à la fois. Mais là où Carpenter avait parfaitement saisi que la tension naissait aussi de l’attachement aux personnages, la superficialité des héros de Siri paralysait son savoir-faire technique, mettant à nu une mécanique tournant à vide.

Otage ressemble à Nid de guêpes sur tous ces aspects. Siri renforce ici les points forts de son précédent film avec un superbe générique (pas très éloigné de celui de Panic Room) baigné dans des contrastes aussi tranchés que ceux d’une BD de Frank Miller, suivi d’un prologue suffisamment réaliste pour insuffler la nécessaire intensité dramatique. Le morceau de résistance (la prise d’otage chez le comptable) est, elle aussi, loin de démériter avec son quadrillage solide de l’espace privilégiant les angles morts, sa montée efficace de la tension avec les différentes parties du récit convergeant vers la villa high tech devenue forteresse.

Mais Otage pêche horriblement par le manque d’épaisseur de ses personnages : Bruce Willis, malgré ses changements de comportement aussi intempestifs que contradictoires, sauve ses propres meubles avec ce rôle visiblement taillé pour lui. Mais la grosse erreur commise par le scénariste Doug Richardson (à son actif 58 minutes pour vivre, l’épisode le plus faible de la trilogie Die Hard, et l’inénarrable Bad Boys) est de croire que Bruce Willis fera oublier les personnages secondaires, transparents comme des sachets longue conservation. Kevin Pollak, second couteau dont le talent n’est plus à prouver, est ici complètement sous-exploité. Ben Foster et Jonathan Tucker font dans le cabotinage excessif mais tout ceci serait presque anodin s’il n’y avait pas autant d’incohérences dans l’histoire. Incohérences que le démarrage plutôt réaliste ne fait que mettre en avant : des ravisseurs ne surveillant jamais leurs victimes, un psychopathe juvénile transi d’amour malsain pour sa captive, sans parler de l’explication fumeuse du comptable sur son mystérieux client…

Ces rebondissements artificiels font inutilement durer la séquestration jusqu’aux trente dernières minutes où le “n’importe quoi” l’emporte avec cette dissimulation des faiblesses scénaristiques derrière un fatras d’exploits pyrotechniques (l’ultime scène de Ben Foster, clin d’œil romantico-risible à The Crow, atteint des sommets dans le ridicule), sans parler des légitimations pseudo-culturelles malhonnêtes (Michel-Ange, Ernst Lubitsch). Florent Siri saborde ce qui aurait pu être une réussite dans son genre.
J.F. 

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