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Garden State de Zach Braff
Avec : Zach Braff, Natalie Porman, Ian Holm, Peter Sarsgaard

Entre la sympathie et l’esbrouffe

Acteur de second plan à L.A. et gavé d’antidépresseurs depuis près de quinze ans, Andrew Largeman se voit contraint de retourner dans son New Jersey natal pour y enterrer sa mère. Là-bas il revoit son père psy, un homme rigide, et ses anciens potes aux trajectoires très diverses (cela va du multimillionnaire oisif au fossoyeur chapardeur) mais tous sont anesthésiés par leur morne quotidien. C’est au milieu de tous ces zombies que “Large” va faire la connaissance de la “sur-vivante” Sam et prendre la décision d’arrêter son traitement.

En sortant de Garden State, on a la nette impression d’avoir vu un film plutôt sympathique, loin d’être inoubliable mais qui a au moins le mérite de raconter une petite histoire adulescente sans prendre son public pour une meute de décérébrés en lui agitant le fanion de la fausse transgression scato/réac d’un American Pie ou, au contraire, en l’accablant avec un misérabilisme ricanant et gratuit typiquement Solondzien.

Seulement voilà, Garden State est précédé d’une réputation trop élogieuse pour être honnête –Zach Braff est comparé à Woody Allen, Jean-Pierre Jeunet parle même de “génie”. Alors rappeler une première vérité est nécessaire. Garden State est un film générationnel qui ne cesse d’aller et venir entre ses quelques trouvailles visuelles (la blancheur clinique de l’appartement californien de “Large”, le plan “caméléon” de la salle de bain) et l’extrême banalité de cette énième histoire de passage à l’âge adulte. Zach Braff, du haut de ses vingt-huit ans, le sait mais il est suffisamment malin pour la diluer dans une sorte de semi dinguerie inoffensive.

Pourtant l’humour gentiment dépressif de Garden State fonctionne dès lors qu’il reste dans le registre du décalage comportemental. Zach Braff croque une série de personnages drolatiques comme ce serveur de fast-food médiéval enfermé dans son armure osant à peine avouer qu’il est bilingue en klingon (la langue alien de Star Trek), le collègue psy du père se sentant obligé de fixer ses innombrables diplômes jusqu’au plafond ou encore l’étudiant en criminologie relevant les empreintes du fautif ayant uriné sur sa console de jeux.

Pour ce qui est des têtes d’affiches, Zach Braff se donne le premier rôle et est assez convaincant en sosie de David Duchovny maigrichon et lunaire. Peter Sarsgaard est plus que crédible en fumeur de pétards passif rêvant de lendemains meilleurs. Leurs personnages illustrent plutôt bien le sortir tardif de l’adolescence, préférant se réfugier derrière les objets de leur enfance (le side-car du grand-père, les cartes à collectionner de la première guerre du Golfe).

Malheureusement Zach Braff se sent obligé, dans la dernière partie, de basculer de la chronique pavillonnaire douce amère à la bluette de teen movie. Cette manœuvre est exécutée avec une telle maladresse que l’on se sent gêné face à cette tentative un peu ridicule et facile pour se mettre la cible adulescente dans la poche. Il faut néanmoins concéder que Zach Braff n’est pas aidé par l’interprétation hystérique de la pénible Natalie Portman (qui, au passage, confirme une tendance à surjouer repérée dans Closer). Alors il compose par un lyrisme de supérette vraiment convenu et, du coup, il saborde son film. Garden State est finalement un film devenu trop sérieux à mi parcours. Erreur de jeunesse ou prétentieux pour toujours ? La suite au prochain film.
J.F. 

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