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Le Film Décrypté : Le Mépris de Jean-Luc Godard
Avec : Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palance, Fritz Lang

Une leçon de Cinéma

Dans le numéro de Juillet 1963 des Cahiers du Cinéma, Jean-Luc Godard rendait compte du tournage de son prochain film en ces termes: « Le Mépris m’apparaît comme l’histoire de naufrages du monde occidental, de rescapés du naufrage de la modernité qui abordent un jour, à l’image des héros de Jules Vernes et Robert Louis Stevenson sur une île déserte et mystérieuse, dont le mystère est inexorablement l’absence de mystère, c’est-à-dire la vérité ».

Quelle est donc cette vérité que le chef de file de la Nouvelle Vague tente de mettre à nu dans cette adaptation d’un roman de Alberto Moravia. C’est celle d’un couple qui se déchire. Camille doute progressivement des sentiments de son mari Paul. Il ne la regarde plus comme avant, il ne l’aime plus comme avant, trop accaparé par sa carrière de scénariste. Le producteur Jeremy Prokosch l’engage pour réécrire le scénario d’une adaptation de l’Odyssée de Homère dirigée par Fritz Lang.

Les films de Jean-Luc Godard ne ressemblent à ceux d’aucun autre. Le Mépris ne déroge pas à cette règle même s’il s’agit d’une des oeuvres les plus grand public de son auteur. Production internationale, Le Mépris offrit à Jean-Luc Godard des moyens conséquents pour l’époque (un budget dix fois plus important que pour A bout de Souffle) et un casting de vedettes, Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palance et le grand Fritz Lang dans son propre rôle.

Des le générique lu par le cinéaste et porté par la musique inoubliable de Georges Delerue, Le Mépris baigne dans l’atmosphère triste d’une tragédie imminente. Le film ne cherche pas à comprendre les raisons de la rupture, au contraire Jean-Luc Godard filme les failles de ses héros, le moment où le doute s’insinue dans Camille puis chez Paul. Tout le contraire de 5 x 2 de Francois Ozon par exemple. C’est pourquoi le cinéaste étend plusieurs scènes de dialogues. La vérité des personnages se lit en effet plus sur la surface des mots que dans des sentiments enfouis au coeur des êtres dont le cinéaste ne pourrait rendre compte.

Jean-Luc Godard utilise ainsi tous les moyens du cinéma (montage, musique, vitesse…) pour figurer le déchirement de Paul et Camille. Le Mépris se double en outre d’une réflexion sur la création et la liberté de l’artiste, thème récurrent du cinéaste abordé récemment dans Eloge de l’amour. Initialement, Paul Javal écrit pour le théâtre et non pour le cinéma. C’est la raison qu’il invoque dans un premier temps pour refuser la proposition de Jeremy Prokosch avant de l’accepter pour des raisons financières. Il veut améliorer sa vie et celle de Camille sans se rendre compte qu’il perd sa singularité et sa liberté d’artiste, provoquant le Mépris de son épouse, celui d’une femme trahie par un homme calculateur et hypocrite, une figure de fausseté qui tranche avec la candeur et la présence inoubliable de Brigitte Bardot.

Et Jean-Luc Godard d’ajouter dans le même article des Cahiers du Cinéma de 1963: « Le Mépris prouve en 148 plans que dans le Cinéma comme dans la vie, il n’y a rien à élucider, il n’y a qu’ à vivre et à filmer ».Ajoutons, voir, écouter, ressentir ou tout simplement découvrir la beauté de cette tragédie intemporelle.
J.H.D. 

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