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L'Intrus de Claire Denis
Avec : Michel Subor, Grégoire Colin, Béatrice Dalle, Katia Golubeva

Les intrus sont dans la salle

Louis Trebor, un homme vieillissant et malade du cœur, rêve de retrouver son fils polynésien abandonné trente ans plus tôt. L’intrus suit son périple, du Jura jusqu’en Polynésie, en passant par Genève et Pusan, en Corée du Sud ; de sa transplantation cardiaque à la disparition de sa cicatrice ; de l’importance de retrouver sa famille abandonnée à l’assimilation de cet intrus, son nouveau cœur, ce corps étranger pouvant à chaque instant provoquer un rejet.

Parce qu’elle sait filmer le corps et son langage comme personne, parce qu’elle réussissait à nous captiver par la beauté sidérante de ses choix esthétiques, on voudrait aimer ce nouveau film de Claire Denis. Vraiment. Elle y applique la méthode qui a fait sa renommée depuis bientôt dix ans : refus de la psychologie, caméra proche de ses acteurs afin de saisir la beauté tapie au plus profond de leurs postures, de leurs gestes, pour entrapercevoir l’âme derrière l’enveloppe ; et une solide bande-son (se souvenir de sa belle collaboration avec les Tindersticks pour Trouble Every Day).

Sauf que cette fois-ci, Claire Denis confond mystère et opacité ; et la lumière d’Agnès Godard magnifiant avec son cinémascope le vert jurassien et le turquoise de Papeete ne peut rien y changer : le voyage de cet homme au cœur malade devient peu à peu inintéressant. Pour la simple raison qu’il est troué de zones d’ombre tellement béantes que sa compréhension devient une épreuve de force. Cette erreur plombe toute la deuxième partie du film par ses effets de redondance et une gestion du temps catastrophique, rendant sa progression aussi pesante que le gimmick musical de Stuart Stapples. Certes, le charisme de Michel Subor est manifeste mais il est enfermé dans la fascination étouffante de Claire Denis pour son acteur, créant ainsi une nette frontière entre elle et son public.

Alors la “fiction mystérieuse” que voudrait être L’intrus vire à la fausse radicalité, au collage chic et “arty” avec ses insertions du Reflux de Gegauff, mais reste avant tout un bloc indigeste très nombriliste, dont la greffe avec le public ne prend jamais.
J.F. 

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